Interview n°1 : Dromen & Demonen
Robert Jordan - diplômé en physique d'une académie militaire, vétéran médaillé du Vietnam - n'est qu'à une longueur de Tolkien pour le titre
d'auteur fantastique le plus populaire de tous les temps. Sa série de "La Roue Du Temps" raconte l'histoire d'un monde dans lequel l'harmonie
entre le féminin et le masculin est fondamentalement perturbé. Les femmes
protègent le monde en attendant le retour prophétisé du sauveur. Les huit livres qui composent actuellement la série sont des histoires
complexes impliquant des cultures extrêmement détaillées. De nombreux sites Internet abondent de commentaires de lecteurs enthousiasmés par
l'oeuvre de Jordan.
La Roue du Temps est considérée comme la meilleure œuvre épique de fantastique de tous les temps, et tu es comparé à Tolkien. Tu le prends
comment ?
Cela me fait sourire, mais cela m'énerve aussi. Mon entraîneur de football à l'école m'a donné un très bon conseil : " le samedi matin, tu as le
droit de croire que tu es aussi bon qu'ils le disent. Mais quand tu arrives à l'entraînement lundi matin, plus personne ne te connaît. Tu as alors
une semaine pour te préparer pour le seul match qui déterminera ta réputation. " C'est donc bien de recevoir des encouragements, d'entendre
dire à quel point on es formidable, mais je
sais où cela mène : chez moi derrière l'ordinateur, là ou personne ne me connaît, en train de travailler sur ce livre qui fera ou défera ma
réputation.
Ta maîtrise de l'intrigue te différencie de beaucoup d'auteurs de fantastique. Les livres sont parsemés sur différents niveaux d'énigmes cachées.
Comment t'y prends-tu ?
Aucune idée. Je n'ai jamais suivi de cours de rédaction. L'enseignement littéraire était obligatoire à l'école. Depuis ma première je savais que
j'écrirais un jour, mais je n'ai commencé qu'à mes 30 ans. Comment c'est venu ? Peut-être d'avoir lu tout ce qui me tombait sous la main pendant
30 ans.
La Roue du Temps montre beaucoup de guerres et de combats. Une influence de ton expérience militaire ?
Jusqu'à un certain point. Grâce à cela, je sais l'effet que ça fait quand quelqu'un essaie de te tuer. Et que pour les participants, un champ de
bataille, c'est un immense chaos. Ils n'ont aucune idée de ce qu'il se passe hors de leur champ de vision. Mais au fond je trouve les champs de
bataille moins intéressant que les gens. J'aime leur interaction - comment ils évoluent, comment ils réagissent les uns envers les autres.
Considères-tu ton monde comme réel ?
Les lecteurs se rendent compte quand l'auteur voit son monde comme une construction. Les gens me demandent souvent " Quel est ton
personnage favori ? ". C'est celui sur lequel je travaille à ce moment là. Même un Padan Fain ou une Semirhage. La plupart des gens ont un
côté attachant, et si je n'aime pas un personnage que je décris, le lecteur s'en apercevra. Ma femme dit qu'elle devine quand j'ai écrit sur un
personnage comme Fain au moment où je rentre dans la cuisine le soir. J'espère que mes livres donnent l'impression que je vois plus que je ne
décris.
Es-tu influencé par certains périodes historiques ?
Je donnerai un exemple : la culture Aïelle a des origines Japonaises. Ainsi qu'un peu de Zoulou, Berbère, Bédouin, Cheyenne, Apache. Plus
certaines choses que j'ai inventées moi-même. Ce n'est pas une copie, car ma méthode de travail est la suivante : si A est vrai, qu'y a-t-il encore
de plus vrai dans cette culture ? Et si B est vrai ? Ainsi je crée une arborescence, et je trouve une série de 10 à 30 points que je considère
comme véridiques. J'obtiens ainsi un début d'image de la culture, parce que cette série fait que d'autres choses doivent exister. C'est là que cela
devient intéressant, car d'autres choses
deviennent vraies du fait de l'existence de ces choses-là. Mais ne peuvent pas le devenir du fait de ces choses-ci. Donc dans quelle direction
cela mène-t-il, et pourquoi ? Ces petites curiosités, c'est ce qu'il y a de plus amusant dans une culture. C'est un travail fascinant de créer.
Y a-t-il des personnages basés sur des figures historiques ?
Non. Les groupes sont parfois inspirés d'organisations historiques. Les Blanc Manteaux par exemple ressemblent à l'ordre des Chevaliers
Teutoniques. L'organisation des Aes Sedaï est basée sur celle des monastères européens entre l'an 1000 et 1800, la période durant laquelle ils
détenaient un véritable pouvoir politique.
Les femmes dans La Roue du Temps n'ont pas une dimension unique, comme souvent dans le Fantastique. Est-ce volontaire ?
En partie. Du fait de l'histoire de ce monde, les femmes devaient détenir un véritable pouvoir politique. Par ailleurs, je trouve les femmes plus
intéressantes dans la mesure où elles ont plus de facettes. Le type de femmes qui m'intéresse est celles qui sont complexes et fortes, il n'est
donc pas illogique que j'écrive sur ce genre de femmes.
Est-ce qu'à la fin l'harmonie entre hommes et femmes sera rétablie ?
Lis et tu le sauras*. Les lignes principales auront un dénouement. Quelques lignes
secondaires non, car un monde est mort si toutes ses histoires trouvent une fin. C'est une chose qui m'irrite dans certains livres, le moment ou
tout est résolu. Comme si les personnages et leur monde pouvaient rester figés dans une vitrine. Cela, je veux l'éviter. Je veux même placer un
petit rebondissement dans la dernière scène !
Interview n°2 : Orbit
A peine Robert Jordan avait-il terminé le travail sur le dernier volume (Winter's Heart NdT) de la saga épique la Roue du Temps qu'il commença à
travailler sur le tome dix. Orbit l'a arraché au milieu du premier jet pour connaître les tenants et aboutissants de la vie avec Rand et cie ...
Qu'est-ce qui vous a inspiré pour écrire de la fantasy ?
Certaines histoires doivent être racontées dans certains genres, et la fantasy permet à l'auteur d'explorer le bien et le mal, le juste et l'injuste,
l'honneur et le devoir sans avoir à lutter contre la croyance traditionnelle que toutes ces choses sont seulement les deux facettes d'une pièce. Le
bien et la mal existent et le juste et l'injuste aussi. Il est quelquefois difficile de faire la différence, exactement comme il peut être difficile de savoir
ce qui est la chose appropriée à faire, mais cela vaut la peine d'en faire l'effort.
Y avait-il une unique idée qui a inspiré la Roue du Temps ?
Pas une idée unique, mais de nombreuses, grandes et petites, qui se combinèrent. Je me demandais ce que ça ferait vraiment si on vous tapait
sur l'épaule et qu'on vous disait que vous étiez né pour accomplir une grande mission, que c'était votre destin inévitable quelque soit ce que
vous vouliez vous même. Je réfléchissais sur l'origine des légendes, sur comment devaient avoir été rééls les évènements avant d'être déformés
par le passage du temps, et aussi sur combien similaire sont de nombreuses légendes entre des cultures différentes et souvent distantes. Il y
avait de nombreuses autres choses impliquées dans ceci, mais finalement elles commencèrent à aller ensemble dans mon esprit, et je vis la
possibilité d'une histoire.
Pensez-vous la Roue du Temps comme un seul long roman, ou comme une série de romans séparés ?
Pour moi, la Roue du Temps est un unique très long roman, les tomes étant des parties dans le roman. J'essaye de fournir un certains nombres
d'éléments dans chaque tome, mais un lecteur doit commencer avec le premier. Il n'est pas plus possible de prendre le plus récent et de
commencer là que d'essayer de lire n'importe quel autre roman avec seulement les derniers chapitres.
Quand vous écrivez, avez-vous une routine quotidienne ?
Oui. Je lis les journaux en prenant mon petit déjeuner, je soulève des poids ou je nage pendant une demi-heure, puis je me rends à mon bureau,
dans la carriage house dans le jardin, et je réponds aux e-mails, lettres et coups de téléphone auquel je dois répondre. Ensuite je
commence à écrire. Je passe en général au moins huit heures par jour à écrire, avec une courte interruption pour le déjeuner, et habituellement,
je fais ça sept jours par semaine. De temps à autre, je vais prendre une journée pour aller pêcher, mais à moins que je suis loin de ma maison, je
me retrouve habituellement à me demander pourquoi je ne suis pas de retour à mon bureau en train d'écrire
A quel personnage de la Roue du Temps vous identifiez vous le plus ?
Je m'identifie toujours le plus avec le personnage du point de vue duquel je suis en train d'essayer d'écrire à ce moment. J'essaie de me mettre
dans leur tête, dans leur peau. Quelquefois, cela présente des inconvénients. Je rentre à la maison à la fin de la journée et, avant que je puisse
dire un mot, ma femme me dit "Tu écrivais Padan Fain aujourd'hui, n'est-ce pas ?" Inévitablement, quand elle dit cela, j'avais effectivement écrit
un personnage avec lequel vous ne voudriez pas être tout seul. Mais si vous voulez dire quel personnage je pense me ressemble le plus, et
bien, Lan Mandragoran exprime les idéaux pour lesquels j'ai été élevé, tandis que Perrin est peut-être presque semblable à moi comme garçon et
jeune homme. D'un autre côté, ma femme clame que je suis un parfait Loial !
Voudriez-vous voir la Roue du Temps réalisé en film - ou films ? Si oui, qui voudriez vous voir jouer Rand?
J'aimerais beaucoup voir la Roue du Temps réalisé en une mini-série pour la télévision, peut-être par quelqu'un comme HBO. Ils font du très bon
boulot, et il n'y aurait pas de coupures commerciales. Je ne pense pas que je laisserais l'un des bouquins être réalisé en film. Un tel film devrait
durer au moins cinq ou six heures, peut-être plus, pour seulement un tome, pour maintenir le cohérence de l'histoire et des films de ce genre ne
sont réalisés par personne que je connaisse. Quant à qui devrait jouer Rand, je ne sais vraiment pas. Combien de bon jeunes acteurs y a t'il qui
se trouvent mesurer six pieds et cinq pouces ? (1m95 NdT)
Savez-vous comment la Roue du Temps va se terminer ?
Oh oui. Je connais la dernière scène du dernier tome depuis avant que je commence.