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Rétrospective sur la Roue du Temps (partie 3)
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En Octobre 2012, Brandon Sanderson a commencé sur son blog une série d'articles dans lesquels il revenait sur son expérience en tant que successeur de Robert Jordan pour l'écriture de la Roue du Temps. Voici le troisième article, en français. Merci à Demiandre pour la traduction !

The Gathering Storm: Processus d'écriture


J 'ai attaqué le projet pour de bon à l'été-automne 2008. J'ai vite réalisé qu'il y avait trop de choses que je devais garder à l'esprit pour écrire dans un schéma chronologique strict, comme j'eu l'habitude de faire par le passé. Pour ce projet, il me fallait prendre des groupes de personnages, enregistrer dans ma tête toutes les informations les concernant (comme lorsque l'on charge un programme dans la RAM), et écrire des semaines durant juste sur ce groupe. Ainsi, je pouvais garder à l'esprit les voix des multiples personnages et maintenir les différentes sous-intrigues.

La partie la plus dure de ce projet, je pense, était de garder ces sous-intrigues et les voix des personnages secondaires. Ce n'est pas surprenant ; bien que j'ai lu la Roue du Temps à de multiples reprises, je n'étais pas un super fan. J'ai aimé les volumes, mais je ne faisais pas partie des gens qui créaient des sites Internet, wikis, et autres sur les livres. J'ai lu les livres pour étudier l'écriture et apprécier l'histoire ; Je n'ai pas passé trop de temps à me demander ce que faisais l'une ou l'autre des Aes Sedai moins importantes.

Je ne pouvais plus faire preuve de laxisme dans ce domaine. Je devais connaître par coeur chacun d'eux. Une partie du génie de Robert Jordan était dans la personnalité individuelle de chacun de ces personnages secondaires. Donc j'ai commencé par diviser le dernier tome (ce qui était à l'époque toujours un seul livre dans mon esprit) en sections. Il y en avait 5. 4 d'entres elles – une pour Rand, une pour Egwene, une pour Mat et une pour Perrin – devaient pousser ces 4 intrigues principales vers la fin. Elles auraient lieu plus ou moins simultanément. Les autres intrigues amenant à l'Ultime Bataille / Dernière Bataille, et la bataille elle-même, constitueraient la 5ème section.
Cela devenait évident pendant la phase préparatoire de l'écriture, qu'il me faudrait écrire un gros livre. J'étais bien conscient de ce que Robert Jordan avait pu dire à propos de ce dernier tome – vous pouvez trouver les citations à ce sujet sur Internet où il promet qu'il sera si large que les fans auront besoin d'une brouette pour se le procurer auprès des librairies. J'ai pris cela à coeur, mais je savais qu'il y avait peu de chance que Tor me laisse écrire un livre aussi épais sans le découper.

En effet, fin 2008, Tor a entendu dire que je promettait à Harriet un livre de 2000 pages. Je crois que c'est en janvier 2009 que j'ai reçu l'appel de Harriet me questionnant sur le découpage du livre. J'étais préparé à cela. Ma première réaction fut de lui dire « Je vois toujours ceci comme un seul livre, et j'aimerais essayer de faire et d 'éditer, si possible, un seul livre. » Elle a reporté mes arguments auprès de Tor, et elle a eu une longue conversation avec Tom Doherty. Quand elle est revenue vers moi, elle a dit qu'ils conseillaient formement une scission.

Je ne sais pas ce qu'il se serait passé si Robert Jordan avait essayé cela. Harriet l'aurait probablement persuadé que les réalités de l'édition empêchaient un livre si épais. En tout cas, je sentais que j'avais exposé mon point de vue du mieux que je pouvais – et j'admis, malgré mon désir de voir ce livre comme un seul volume comme le souhaitais Robert Jordan, que j'aurais soit à retirer plusieurs parties majeures du plan, ou accepter de découper le roman.

Je pense que nous avons fait le bon choix. 3 livres me donnaient l'avantage de vraiment creuser le projet, non pas comme un seul événement, mais comme un processus. Découper les intrigues principales auraient fait du dernier livre un effort précipité, me faisant ignorer plusieurs problèmes importants. Cependant, la division du séquençage a aussi créé quelques problèmes, que j'exposerai pendant le post sur Towers of Midnight.

Quand Harriet m'a parlé du découpage du livre, elle se demandait s'il y avait un point de rupture naturel. Je lui ai répondu que le couper une fois ne marcherait pas, mais deux coupure pourraient. Je ne sentais pas A Memory of Light tenir en deux volumes. En regardant le séquençage et ce que je devais accomplir, deux livres signifieraient soit un très long livre et un de taille normale, soit deux livres séparés également. Les deux possibilités auraient été étranges. La première solution parce qu'un livre de la saga, doublé de volume, poserait autant de problème qu'imprimer le livre original de 2000 pages. 1400 pages n'est pas forcément mieux en terme publicistes. 1000, comme d'autres livres de la Roue du Temps, poussent déjà ces limites.

La deuxième option – deux livres de 1000 pages – posait encore plus de problème. Si on le coupe ainsi, au milieu, nous nous retrouverions avec la première moitié des quatres intrigues principales que j'ai mentionné auparavant – Mais aucun de leurs points culminants. Ceci (écrire un livre comme une introduction, dont les conclusions arrivent principalement dans un autre livre) était une expérience que Robert Jordan avait déjà essayé, et il a parlé des problèmes que cela engendrait. Il était un meilleur auteur que moi, et s'il ne pouvait accomplir un tel découpage, je ne souhaitait pas essayer moi-même.

Au contraire, je sentais que couper le livre en trois nous permettrait d'avoir des arcs complets dans chaque volumes. Deux, en fait, pour The Gathering Storm et Towers of Midnight, suivi du livre culminatif, A Memory of Light. J'ai donc commencé à diviser les intrigues et décidé ce qui allait à quel endroit.

Je savais que les fans seraient sceptiques de me voir prendre en main le projet, et je sais qu'ils seraient d'autant plus sceptiques quand nous annoncerions la tripartition. Cela signifie que je voulais mes intrigues les plus dynamiques dans le premier livre. (Je savais que la fin justifierai un livre entier, et je ne me suis jamais soucié qu'il ne puisse pas être assez dynamique). En plus, je voulais séparer les 4 séquences – Rand/Egwene/Perrin/Mat – pour que chaque livre contienne une section sur laquelle Robert Jordan avait beaaucoup travaillé. Rand et Perrin avaient bien moins de matériel écrit que Mat et Egwene. Donc c'était soit Rand/Egwene, soit Perrin/Mat pour le premier livre.

Il devint bientôt clair que j'avais besoin de commencer avec Rand/Egwene. Ils se faisaient écho de diverses façons très interessantes, avec la descente narrative de Rand et l'ascension narrative d'egwene. Quand Rand était contemplatif, l'histoire d'Egwene avait de l'action, et vice versa. Bien que mon intrigue préférée parmi les 4 soit celle de Perrin, je sentais que la sienne demandais beaucoup de travail préparatoire, et moins d'intrigues plus directes tandis qu'on avançait vers son paroxysme. J'ai aussi décidé que les intrigues marcheraient en retirant certains passages de Rand et Egwene pour l'inclure dans le second livre, mais je ne pouvais pas le faire aussi facilement avec Perrin et Mat.

Un livre se formait dans ma tête. Le pouvoir absolu de Rand le poussant vers la destruction et le manque spécifique de pouvoir d'Egwene l'élevant jusqu'à la reconstruction de la Tour Blanche. On avait besoin d'une section sur Mat – Je ne le voulais pas absent du livre – et Hinderstap en fut le fruit, conçu après qu'Harriet m'ai demandé d'être « plus perturbant et horrifique » par rapport aux bulles de mal qui surgissaient dans le livre.

Egwene
LA partie sur Egwene fut un véritable plaisir à travailler. De toutes les choses que Robert Jordan avait mises en place pour ce dernier livre (en incluant le dernier chapitre) avant de déceder, je crois que ceci était le plus completement formé. L'ascension d'Egwene et l'assaut des Seanchan se mariaient parfaitement dans le sens classique de la Roue du Temps, et j'ai pu y participer d'uniques façons, travaillant avec des notes et des instructions pour produire son intrigue exactement comme je crois qu'il l'aurait imaginé.

Un large changement que j'ai fait a été de séparer le diner avec Elaida en deux scènes distinctes, au lieu d'une seule. Je pensais que la cadence allait bien mieux ainsi, et cela complétait la séquence de Rand bien meiux avec le premier diner, Egwene étant envoyé aux besognes, et un second diner percutant où j'ai pu magnifier la victoire d'Egwene, sans qu'elle ai pu canaliser.

Dans la sequence d'Egwene, j'ai pu faire un travail beaucoup plus collaboratif avec Robert Jordan. A d'autres endroits, j'ai inséré des scenes qu'il avaient écrites. Dans la plupart des autres places, j'ai du y aller à l'instinct, manquant d'instructions. Avec Egwene, j'avais foule d'explications de scènes, de scènes écrites, et des Q&A inspirées de Robert Jordan qui me faisait penser que je travaillais directement avec lui pour finaliser la séquence. Si vous voulez voir une séquence complete dans les livres qui me semble être la plus proche de ce qu'il aurait pu faire, je suggère la séquence d'Egwene dans the Gathering Storm (Et au-delà. La plupart de ce que l'on a pour elle provient de ses directives, y compris les evènements amenant à – et incluant – Merrilor.

Rand
En acceptant ce projet, un de mes buts personnel – si la série me le permettait – était de concentrer plus d'attention sur les personnages principaux, particulièrement Rand. J'aime les livres du milieu de la saga, avec leur exploration d'autres intrigues et de personnages, mais le premier livre nous présente Rand, Perrin, Mat et Egwene comme les personnages principaux. Je pense que, dans la vraie nature de la Roue du Temps, la chose appropriée à faire était de ramener l'attention sur eux pour les derniers livres – Et je pense que Robert Jordan aurait fait la même chose lui-même.

Rand devait être le coeur des derniers livres. En me demandant comment accomplir cet objectif, je me suis souvenu de ce que j'ai ressenti la première fois que j'ai lu The Dragon Reborn. L'angoisse de Rand en tant que personnage était puissante pour moi, et je me suis dit « Surement il ne peut pas tomber plus bas, être forcé de traverser plus que ce qui lui est arrivé jusqu'ici. » Les livres suivants ont affirmé cela.
J'ai ensuite lu Lord of Chaos. Ce livre brise votre coeur ; j'ai été impressionné que Rand puisse être abaissé encore plus bas. Cela s'est empiré avec les livres suivants, avec de plus en plus de choses imputés à Rand – Mais les pires moments de Lord of Chaos sont les plus vifs dans mon esprit. Je me souvient penser « Sûrement, il a touché le fond ».

C'est pourquoi, dans the Gathering Storm, j'avais besoin de réussir ce que Robert Jordan avait accompli avec succès à deux reprises. Je devais amener Rand encore plus bas que ce que le lecteur assumait, supposait, ou croyait possible. C'était en partie pour finaliser des arcs narratifs mis en place par Robert Jordan, en partie pour son amour du Monomythe et du parcours du héros Campbellien, mais principalement parce que cela semblait juste pour moi. La rédemption de Rand, pour ainsi dire, devait être précédé par les pires moments de la série.

Cela m'a aussi offert une opportunité interessante en narration. Dans l'ébauche originelle, la descente de Rand, sa décision sur Mont-Dragon, et ses actions par la suite comme Dragon Réincarné se passaient dans le même volume. En séparant les livres, je pouvais faire la première partie dans un volume, et avoir ses actions dans le livre suivant introduire une tension ionteressante – la question si oui ou non ce nouveau Rand était toujours le Rand que nous aimions. Je pouvais amener les lecteurs à craindre que tout comme il était devenu méconnaissable dans les méandres de sa chute, il pouvait devenir quelque chose d'nconcevable au regard de sa rédemption. Ceci produisant un nouveau genre de tension, une que je n'ai jamais exploré auparavant, tout au long de Towers of Midnight – avant de donner plus de points de vue de Rand dans A Memory of Light pouir l'humaniser à nouveau.

(Quelque chose qu'Harriet était très contente d'entendre que je planifiais de faire. Son premier argument concernant Rand était que, en réalisant les actions qu'il a accomplies dans le dernier livre, il devait être très humain dans son approche envers elles. Cela devait être l'histoire d'un homme ordinaire qui accomplissait quelque chose d'impressionnant, pas une divinité méconnue accomplissant la même chose.

Autres personnages

J'ai un preférence pour Aviendha, personnellement mon personnage féminin préféré de la Roue du Temps. (Mon favori parmi les hommes est Perrin.) Je voulais voir un retour d'Aviendha dans les derniers livres, comme je pensais que nous n'avions pas assez interragi avec elle ces derniers temps. J'ai aussi une relation interessante avec Nynaeve, un personnage que detestait (étant jeune). Mon opinion à son encontre est celle qui a le plus grandi au fil de ma lecture en tant que fan, et arrivé à Knife of Dreams, je l'adorais completement. Je savais qu'avec tout l'encombrement des derniers livres, elle n'aurait en fait pas à jouer un rôle important pendant la Dernière Bataille. (Très peu pourront en avoir l'occasion à part Rand/Egwene/Perrin/Mat). Ainsi, il était important pour moi de lui donner une séquence de scènes solides et interessantes à travers The Gathering Storm et Towers of Midnight. Son élévation n'était pas dictée par les notes, mais était quelque chose dont j'insistais sur la présence dans les livres. (Et en suivant ce fil, une chose sur laquelle Harriet insistait – et j'étais bien aise de lui complaire – était une rencontre entre Rand et son père)

À suivre

L'article original