Article de blog
Rétrospective sur la Roue du Temps (partie 1)
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En Octobre 2012, Brandon Sanderson a commencé sur son blog une série d'articles dans lesquels il revenait sur son expérience en tant que successeur de Robert Jordan pour l'écriture de la Roue du Temps. Voici le premier article, en français. Merci à Green Sedai pour la traduction !

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Je fais habituellement une session de questions / réponses lors de mes séances d’autographes. Une des questions qu’on me pose le plus fréquemment est : « Qu’est-ce que vous avez appris en travaillant sur la Roue du Temps ? » J’ai souvent du mal à répondre, je n’ai aucune idée de la façon dont je peux couvrir le sujet brièvement.

Ça fait longtemps que j’ai envie de faire une série de posts de blog qui rassemblerait toutes les choses que j’ai dites aux séances d’autographes, pendant les interviews et dans d’autres posts de blog parlant de l’expérience Roue du Temps. Je vais rajouter à ça mes pensées et mes ressentis, et puis je vais utiliser tout ce matériau pour essayer de m’attaquer à la tâche de raconter les choses que j’ai apprises chemin faisant. Ça va me prendre plusieurs jours ! Alors si le sujet vous intéresse, revenez voir dans les prochaines semaines, parce que je me lance dans une rétrospective de ma contribution à la Roue du Temps.

LES NOTES

Comme je l’ai déjà dit, j’ai signé avec Harriet les contrats pour finir la série avant qu’on ne me donne les notes. Du coup, en m’engageant, je savais très peu de ce qui avait déjà été fait pour A Memory of Light. En fait, la seule chose que je savais vraiment, c’était que Mr Jordan avait écrit la fin, celle qu’il avait promis depuis des années et qu’il avait dans la tête. (Cependant, comme il était du genre écrivain-jardinier, il a toujours fait remarquer que la fin pouvait changer de forme en fonction de comment sa vision évoluait au cours du temps.)

Avide, intimidé, j’ai pris l’avion pour Charleston en décembre 2007 pour rencontrer Harriet. Je ne la connaissais que de réputation : la directrice éditoriale de Tor Books au moment de sa fondation, la femme qui a édité Ender’s Game et qui a découvert Robert Jordan. J’étais plutôt intimidé. Il s’avère qu’Harriet ressemble plus à une grand-mère, dans le genre grande dame du sud. Elle a confiance en elle, est capable, et porte sur elle cet air de celle qui sait. Cependant, elle est aussi gentille, souriante, et remarquablement authentique. Je ne crois pas avoir déjà rencontré quelqu’un qui mélange avec si peu d’efforts confiance en soi et compassion.

Quand je suis arrivé chez Harriet, j’ai réclamé la fin, qu’elle m’a donnée. J’ai passé des heures à piocher dans les notes et à lire ; j’y étais encore quand Harriet s’est retirée pour la nuit, bien qu’avant de partir, elle m’a montré l’ordinateur dans la pièce de devant où j’étais assis. « C’est celui de Robert Jordan », me fit-elle remarquer. « C’est là qu’il a écrit la plupart des livres, sur cet ordinateur, ce clavier. On l’a récemment déplacé du bureau vers cette pièce. »

Donc j’étais là, assis à côté de l’ordinateur de Robert Jordan, regardant les impressions de ses notes, et me sentant immensément submergé. Vous vous demandez peut-être ce qu’il y a dans ces notes. Eh bien, en préparant l’écriture de cette page, je suis allé voir Harriet et (comme je l’ai souvent promis aux fans) je lui ai demandé s’il était possible de publier les notes, ou au moins de parler spécifiquement de leur contenu. (Je souhaite toujours faire un jour une série de posts de blog où je prends des scènes tirées des notes, puis je compare ces scènes avec les tomes achevés, avec un commentaire expliquant pourquoi j’ai décidé de les modifier comme je l’ai fait.)

En réponse à ma question, Harriet m’a fait remarquer que le travail sur l’encyclopédie de la Roue du Temps était toujours en cours. Elle et l’Equipe Jordan n’ont pas encore décidé quels morceaux choisis des notes ils veulent inclure dans l’encyclopédie, et elle pense que ce n’est pas encore le bon moment pour rendre les notes publiques. (Ou même pour moi de parler du contenu spécifique.)

Par conséquent, je ne peux pas parler de beaucoup de scènes spécifiques. Du coup, à la place, je veux parler du processus général ; qui peut être d’un plus grand intérêt pour beaucoup d’entre vous. Vous voyez, comme je l’ai déjà expliqué, c’est que les notes ne sont pas ce que les gens pensent qu’elles sont. Harriet m’a donné un matériau de deux cents pages, et c’est ce que j’ai lu cette première nuit-là. Ces pages contenaient :

Les sections écrites par Robert Jordan : Robert Jordan était un écrivain du type « Découvreur », c’est-à-dire qu’il tendait à explorer où il voulait emmener son histoire en l’écrivant réellement. Il ne travaillait pas à partir d’une ligne directrice. Harriet a expliqué qu’il avait quelques balises vers lesquelles il tendait, des grands évènements qui doivent arriver à un moment ou à un autre dans l’histoire. Il ne savait pas comment ils se passeraient avant de les écrire, mais il savait ce qu’ils étaient. Sinon, il écrivait et explorait, en faisant son chemin vers ses balises et en découvrant plein de parties de son histoire au fur et à mesure de son travail.

Robert Jordan n’était pas non plus un écrivain linéaire. D’après ce que je peux en juger par ses notes, il était de cette race d’écrivain relativement rare qui travaille sur une scène comme ça l’intéresse, quel que soit sa place dans l’histoire. Il semblerait qu’il avait l’habitude de sortir une fiche et de travailler brièvement dessus, puis de la remettre dans ses notes. Le jour d’après, il travaillait sur un moment différent de l’histoire. Mais il est possible que, une fois qu’il avait commencé à travailler sérieusement sur un livre, il progressait d’une façon plus linéaire. Après tout, le plus gros morceau de véritable écriture qu’il a laissé était pour le prologue de A Memory of Light.

Cependant, d’après ce qu’Harriet m’a dit, il ne montrait ses notes à personne, pas même les premiers brouillons. Même Harriet ne voyait pas les premiers brouillons la plupart du temps ; elle dit que ce qu’il lui donnait, c’était souvent le douzième ou treizième brouillon.

Dans la pile de notes qu’on m’a donnée se trouvaient toutes les scènes qu’il avait écrites pour A Memory of Light. Mis bout à bout, cela faisait environ cent pages. Je ne peux pas vous dire tout ce qu’il y avait dedans, pas encore. Par contre, je peux parler des choses que j’ai déjà racontées. Une des choses qu’il y avait dans ces notes, c’est la fin. (C’est devenu l’épilogue de A Memory of Light, bien que j’y ai rajouté deux-trois scènes.) Une autre est le prologue inachevé. (Je l’ai divisé en trois morceaux, pour en faire les prologues des trois tomes, même si j’ai également ajouté quelques scènes à ces prologues. Les scènes qu’il avait finies, pratiquement finies ou avait un premier jet étaient : le fermier qui regarde les nuages s’approcher dans The Gathering Storm, la scène avec Rand vue à travers les yeux d’une sul’dam du prologue de The Gathering Storm, la scène avec les habitants des Marches en haut de la tour dans Towers of Midnight, et la scène avec Isam dans la Grande Dévastation au début de A Memory of Light.)

Dans cet ensemble de scènes, il y avait aussi un petit nombre de fragments, dont la scène où Egwene reçoit un visiteur spécial dans The Gathering Storm. (Les couleurs des robes sont discutées.) La scène dans Towers of Midnight où deux personnes se marient. (Celle qui se termine avec un personnage qui trouve une marmite dans la rivière, qui est un bout que j’ai rajouté.) Et la scène sur le champ de Merrilor, dans la tente quand quelqu’un d’inattendu arrive. (Le plus gros de cette scène était esquissé de manière très brute.) J’ai essayé d’être vague pour ne rien dévoiler.

Sessions de questions/réponses avec les assistants de Robert Jordan : vers la fin, Mr Jordan était trop faible pour travailler directement sur le livre, mais il faisait des sessions avec Maria, Alan, Harriet ou Wilson où il leur parlait du livre. Ils en ont enregistré certaines, et me les ont transcrites. La plupart de ces séances se focalisent sur quelqu’un lui demandant : « Qu’est-ce qui arrive à lui ou à elle. » Il parlait alors de leur place dans la fin de l’histoire, et qu’est-ce qu’il leur arrive après le dernier tome. Beaucoup de ces sessions se focalisent sur les structures de l’intrigue générale. («  Alors racontez-moi encore ce qu’il se passe quand Siuan se faufile dans la Tour Blanche pour essayer de trouver Egwene ».) Ou elles se focalisent sur le grand final du dernier livre. Le gros de cette information m’a donné une impression générale pour la fin en elle-même, et une lecture sur où les personne se retrouvent après les livres. Une grosse partie de « Comment ils arrivent du Poignard des rêves au final de A Memory of Light ? » n’était pas discuté.

Une sélection des notes de Robert Jordan : Comme je l’ai déjà mentionné, les dossiers complets des notes de Robert Jordan sont énormes and sont organisés au hasard. Ils sont différents des notes qu’on m’a données, la pile de deux cents pages. Cependant, ils m’ont également donné un CD, avec tout dessus : des milliers et des milliers de pages de matière.

Vous salivez peut-être à cette idée, mais le gros des notes sont des choses que la plupart d’entre vous trouveraient inintéressantes. Par exemple, chaque version des glossaires est inclue, ainsi Mr Jordan savait ce qu’ils avaient raconté à propos d’un personnage donné dans un tome donné. (Ces glossaires sont identiques à ceux imprimés à la fin des livres.) Il y a des notes sur plein de livres, des choses que Mr Jordan a utilisé pendant qu’il écrivait un tome de la série, mais le plus gros a fini dans les livres, et ne vous offrirait aucune révélation. Par contre, il y a beaucoup de choses intéressantes sur la construction du monde, dont une partie a fini dans les livres ; mais il y a aussi une grosse partie qui finira probablement dans l’encyclopédie. Il y avait aussi des fiches sur des personnages donnés, avec les visions/prophéties/etc sur eux qu’il fallait réaliser, avec des notes sur leur attitude, les choses qu’ils avaient encore à accomplir dans la série, et parfois des données de contexte sur leurs vies.

Maria et Alan ont passé méticuleusement les notes au peigne fin pendant des mois et ont ressorti tout ce dont j’aurai pu avoir besoin. Ceci constituait le dernier morceau de mes deux cents pages de notes, bien que je fusse libre de ratisser le plus gros paquet de fiches, et je l’ai pas mal fait.

À suivre.

L'article en anglais