Une interview en français de Brandon Sanderson
Le 09/12/2016 par Owyn (Admin) non favori

Lors du passage de l'auteur à Paris en octobre pour une séance de dédicaces, l'équipe d'Elbakin.net a rencontre le célèbre auteur américain, continuateur de la Roue du Temps entre autres choses, le temps d'une interview. Ce dernier y revient sur ses projets, ses méthodes de travail...

Interview à lire ici




Mání a répondu l 10/12/2016 à 16:36
Quel plaisir de lire un auteur aussi désireux de satisfaire ses fans sans pour autant faire n'importe quoi ! Quand on entend quelque chose comme « Lorsque j’écris un livre en promettant une série, je passe un contrat avec les lecteurs. (...) J’ai très envie d’écrire la suite, mais je vais devoir attendre que ma créativité me pousse dans cette direction. Mais les fans insistent beaucoup, donc ce ne sera plus très long », c'est un contraste saisissant avec l'attitude d'un certain George RR Martin qui publie un volume de A Song of Ice and Fire tous les six ans et offre un très élégant doigt d'honneur à ses lecteurs qui le pressent de se consacrer davantage à l'écriture... On ne peut certes pas imposer à tous les écrivains d'être aussi exemplaires que Sanderson, mais il y a un minimum à accomplir, et ça commence par le fait de respecter ses lecteurs !
Demiandre a répondu l 11/12/2016 à 16:28
Je suis désolé, mais un auteur ne nous doit rien.

G.R.R. Martin respecte ses lecteurs. Les réprimandes vont à l'encontre des gens qui disent "écrit au lieu de profiter de ta vie", "tu es déjà vieux", "you're pulling us a Jordan" comme ils disent. Double manque de respect. Donc j'approuve son attitude.

Surtout qu'il n'est pas qu'auteur et qu'il a tout plein de responsabilités. Et si tu as des problèmes pour résoudre un noeud dans ton histoire, ben tu cale. Et c'est ce qu'il lui arrive. Il a du écrire 2 livres pour raccorder sa série et savoir comment évoluait son monde (c'est aussi un auteur qui laisse ses personnages créer l'histoire, pas seulement l'auteur)

Après Sanderson est admirable parce qu'il est très lié à sa fanbase.
Mání a répondu l 12/12/2016 à 02:37
Certains lecteurs ont effectivement émis des critiques déplacées (et ils ne sont franchement pas très nombreux, quel besoin de répondre à quelques personnes ??), mais leur faire un doigt d'honneur en public reste honteux. Le fait qu'il soit auteur ne justifie rien, d'autant qu'il assimile l'ensemble des critiques sur son rythme de publication à ces remarques portant sur sa santé, ce qui ne correspond absolument pas à la réalité. (Dans tous les cas d'ailleurs, cette référence à sa santé est ridicule. Au rythme actuel, c'est de sa belle mort que Martin risque de nous quitter avant d'avoir fini sa série.)

Soyons logiques : si on considère qu'un auteur ne doit rien à ses lecteurs, alors l'inverse est vrai aussi. Un lecteur ne doit rien à un auteur - pas plus le respect qu'autre chose. L'auteur a sa liberté d'expression, bien évidemment, il écrit ce qu'il veut, il peut décider de papillonner autant qu'il le souhaite, mais le lecteur a aussi sa liberté d'expression. Quoi, il paye... et il aurait l'obligation de se taire ?? Vas-y, raque et tais-toi, salaud de lecteur ! Drôle de conception. Martin dit ce qu'il veut, d'accord, mais ses lecteurs aussi. Egalité stricte. Ou alors, quand on n'aime pas les critiques et qu'on estime n'écrire que pour soi, il y a une solution très simple : il est toujours possible de ne pas publier ce qu'on écrit. Si on publie, c'est qu'on attend soit des réactions (c'est à dire une forme de relation avec des lecteurs), soit de l'argent et/ou une satisfaction de son ego. Si l'un est exclu, il ne reste que l'autre.

D'autre part, Martin cale peut-être, mais ça n'a pas grand-chose à voir avec son rythme de publication. Cinq livres (je parle uniquement de A Song of Ice and Fire) en quinze ans, dont les trois derniers espacés de cinq et six ans (sachant que je suis très loin d'être le seul à juger le dernier absolument lamentable), et que fait l'auteur ? Il lance une série télé pour se faire du pognon... Bizarrement, pour ça, il n'a pas calé.

Il y a un point de vue exprimé par GRR Martin que je trouve particulièrement parlant quant à la vision qu'il a de ses lecteurs : il est contre les fanfictions, parce qu'il considère que c'est une violation de ses droits d'auteur. Je trouve que ça illustre bien sa priorité numéro un en tant qu'auteur (l'argent) et que ça éclaire pourquoi, après avoir lancé une série télé alors que son cycle était loin d'être terminé, il a aujourd'hui beaucoup, beaucoup de mal à finir le dit cycle, et on le comprend : écrire des livres rapporte beaucoup moins que de toucher les droits d'une série télévisée faite par d'autres, alors que ça nécessite une quantité d'efforts bien supérieure. Je pense d'ailleurs que Martin ne finira pas ASoIaF. Il a perdu sa motivation, ça se sent.

Bref, comme tu le dis, Sanderson est admirable, et pas uniquement par contraste avec certains autres auteurs. Il fait bien davantage que ce que n'importe qui pourrait légitimement, en tant que fan, attendre de lui. Il est animé d'une authentique passion qui se communique dans ses oeuvres.
Demiandre a répondu l 12/12/2016 à 16:13
J'ai lu plusieurs articles dont celui-ci où il indiquait être harcelé par de nombreuses personnes pour son rythme de publication, pour les choix des producteurs de la série, pour tous ceux qui lui reproche d'être éditeur en plus d'auteur, qu'il prenne des vacances, fasse de la promo, participe à des conventions et autre au lieu d'écrire. Ce geste est pour toutes ces personnes. Et pas en public il me semble, mais dans un interview (ça reste insultant, mais je trouve ça moins grave et choquant).

Quand je dis que l'auteur ne doit rien au lecteur, je pensais surtout au fait que s'il a des projets, il n'a pas à demander l'autorisation à ses lecteurs de le faire. S'il a des choses à faire, à voir, c'est son droit. Même Neil Gaiman disait "George RR Martin is not your bitch. This is a useful thing to know, perhaps a useful thing to point out when you find yourself thinking that possibly George is, indeed, your bitch, and should be out there typing what you want to read right now. People are not machines. Writers and artists aren't machines."

Le respect est intrinsèque à une relation. Si un des partis ne respecte pas l'autre, pourquoi l'autre devrait le respecter ? Lui dire par mail, qu'il est gros, qu'il va mourrir avant de finir, justifie pour moi et en soi que Martin les envoie balader.

G.R.R. Martin a vendu les droits à HBO pour la série, et a collaboré avec les producteurs et scénaristes, mais il n'est pas derrière la caméra (sauf sur un épisode des saisons 1 à 5 je crois) et sur le calage, il a la fin de Winds of Winter, mais il faut écrire ce qu'il se passe au milieu. Dans la série, il conseille ou approuve des changements par rapport à l'histoire, mais vu que la fin de la série est déjà scriptée, il n'a plus besoin d'agir.

Le problème avec les fanfictions ne concerne pas vraiment les droits d'auteurs. C'est plus le respect des droits DE l'auteur. Il se réfère à une fanfiction sur un autre univers, qui explorait plus ou moins ce que l'auteure originale était en train d'écrire pour la suite. L'auteure a proposé un arrangement à l'amiable, mais le fanfictioneur a demandé à être crédité co-auteur ou à poursuivre l'auteure en justice. Voici l'article en question En plus des problèmes intrinsèques à la fan fiction : les personnages de ces écrits ne correspondent pas toujours aux personnages des romans. C'est comme si Perrin se mettait à trancher toutes les personnes qu'il croise avec sa hache, léchant le sang de ses victimes pour nettoyer son arme. Ça colle pas.

Donc je suis d'accord avec son avis sur la fan fiction. Surtout que des gens peuvent se faire du fric sur un univers qui ne leur appartient pas ! Et là ça rejoint ton propos sur les droits d'auteur. Il cite en exemple Lovecraft qui est mort pauvre et probablement a souffert de malnutrition. Il avait ouvert les droits à d'autres auteurs, et de nouveaux se sont engouffrés dans la brèche.

Pour finir, Martin est en train de finir d'écrire Winds of Winter. Il a arrêté de collaborer sur la série pour finir le livre. Il n'a pas perdu la motivation.

Concernant le rythme d'écriture, je ne le trouve pas plus lent que Robert Jordan. Il a sorti trois livres en 4 ans, un 5 ans après et le dernier en date 6 ans plus tard. Pour Winds of Winter, nous en somme à 5 ans d'attente seulement.

Le problème ici vient surtout du fait que Brandon Sanderson a changé la donne sur le rythme d'écriture, les informations sur l'avancement de ses livres, des billets, des annotations. En comparaison, Martin passe en effet pour un sacré égoïste. Mais c'est son droit et on a rien à lui demander.
Mání a répondu l 15/12/2016 à 12:49
Pardonne-moi, mais une interview disponible sur Internet, ça entre parfaitement dans la définition de la notion de "public". Sinon, ça annule tout ce que dit Martin sur les fan-fictions publiées sur Internet, qui relèveraient alors du privé...


En ce qui concerne les fan-fictions, le problème, c'est que tu introduis une distinction qui n'a pas lieu d'être. Les droits "DE" l'auteur sont les droits d'auteur, point final. Ils interviennent uniquement lorsque de l'argent est en jeu. Il est bien entendu qu'un auteur de fan-fiction ne doit en aucun cas toucher de l'argent de quelque manière que ce soit pour un récit où il a mis en scène un univers et des personnages qui ne lui appartiennent pas. Mais dès lors qu'il n'y a pas d'argent en jeu, et à partir du moment où l'auteur de l'univers original est nommément cité (c'est à dire en-dehors des cas de plagiat), il n'y a aucune autorisation à demander à qui que ce soit l'autorisation d'écrire des récits ! Ce serait totalement délirant. Tout ce concept de propriété sur des idées est d'ailleurs délirant : que l'on règle les questions d'argent, c'est bien naturel, mais toute prétention d'aller au-delà relève de la mégalomanie.

A titre de comparaison, imagine qu'un physicien fasse une découverte majeure. On peut sans problème affirmer qu'il serait l'auteur de cette découverte. Si on introduisait dans ce cadre la notion de droit d'auteur, ça voudrait dire que, par exemple, d'autres physiciens devraient obtenir l'autorisation de "l'auteur" pour reprendre ses résultats et les tester ou les appliquer par ailleurs ! Sur le plan des idées, c'est d'une complète absurdité.

Dès que les droits d'auteur interviennent, on sort du domaine des idées pour entrer dans le domaine exclusif de l'argent. C'est d'ailleurs exactement ce que dit Martin dans l'article que tu cites, où il parle quasi-exclusivement de la question de l'argent. Quand on requiert d'un amateur quelconque qu'il demande l'autorisation de l'auteur pour écrire une fan-fiction, on se comporte en marchand. Le cas cité (Marion Zimmer Bradley "obligée" d'abandonner l'écriture d'un livre à cause d'une fan-fiction) est rarissime ; faut-il, à partir de ce cas, bannir le concept même de fan-fiction ?

Le problème, c'est justement que Martin croit qu'un auteur GARDE le contrôle de ses créations en-dehors de ses propres oeuvres. Il le dit explicitement : "he essentially lost control of his own creations. (...) The fan fiction door, once opened, is hard to close again." C'est une grosse erreur, ou plutôt c'est le raisonnement d'un businessman, pas d'un auteur. Un auteur garde le contrôle de ses livres : pour le reste, il n'existe fort heureusement pas encore de police de la pensée qui empêcherait d'autres d'être influencés par une oeuvre et que cela se manifeste dans une oeuvre nouvelle.

La littérature a toujours fonctionné ainsi. C'est particulièrement flagrant en science-fiction ou en fantasy. Si Tolkien et ses héritiers avaient réagi en propriétaires, alors les trois quarts de la fantasy actuelle n'existeraient tout simplement pas. Les auteurs s'influencent les uns les autres, rien de plus normal. Où peut-on tracer la ligne qui sépare les influences du plagiat ? C'est un problème d'ordre juridique, mais une chose est sûre : les critiques et les lecteurs jugent la créativité des auteurs en prenant compte de tout cela. Les fan-fictions, elles, sont généralement publiées sur Internet et n'ont dans leur immense majorité qu'un public très restreint et parfaitement conscient qu'il s'agit là de fan-fiction, c'est à dire d'oeuvres qui partent de l'emprunt de l'univers et des personnages d'un auteur.

Ou alors suis-je supposé demander la permission à Harriet McDougal pour avoir le droit d'écrire ici même des fan-fictions sur la Roue du Temps ?

Je ne vois pas où est le problème si les personnages d'une fan-fiction ne se comportent pas comme les personnages de l'oeuvre d'origine. Ca s'appelle simplement de la mauvaise fan-fiction. Ca ne rejaillit en rien sur l'oeuvre, puisqu'il est clair que l'auteur n'est pas le même.

Au passage, l'argument de Martin est faussé quand il prend l'exemple de Lovecraft. Dans son cas, il ne s'agissait pas de fan-fiction, mais d'un travail collectif conscient avec d'autres auteurs ! Les fan-fictions concernent par définition des oeuvres qui ont un public large et qui sont reprises non pas par des auteurs confirmés mais par des inconnus qui n'ont pas vocation à publier (c'est à dire à gagner de l'argent ou faire gagner de l'argent à partir d'une publication). Quand on est un auteur qui débute, on n'a strictement rien à craindre de la fan-fiction ! Elle concerne les auteurs à succès - ce qui rend complètement caduc l'exemple de Lovecraft, à propos duquel Martin voudrait nous faire croire qu'il est mort dans la pauvreté à cause de fans qui écrivaient des fictions sur son oeuvre... (Il se contredit d'ailleurs lui-même dans le même article en parlant de Wild Cards, un monde et des personnages partagés - soit très exactement le cas de Lovecraft.)

On peut noter que les mêmes arguments fallacieux sont utilisés à propos du soi-disant "piratage" qui mettrait en danger les jeunes créateurs. C'est évidemment un contre-sens absolu. Les téléchargements ne concernent pas les créateurs inconnus...


Sur la question de n'avoir rien à demander à un auteur, je ne suis pas d'accord dans le sens où, quand un lecteur achète un livre appartenant explicitement à une série (ou un cycle, etc. - je ne parle pas des suites, sequels, etc., qui sont une autre histoire), il l'achète avec la promesse implicite qu'il y aura d'autres livres dans une série qui sera achevée. Le concept de série est très porteur, il suffit de voir à quel point la notion de "trilogie" a été mise en avant depuis une vingtaine d'années. Ce n'est pas neutre. Le lecteur est davantage incité à acheter le livre PARCE QUE ce livre fait partie d'une série. Par conséquent, l'auteur n'est pas juridiquement tenu de poursuivre ou finir la série, certes (et Martin sera sans doute très satisfait de s'arrêter à cet argument), mais on peut facilement argumenter en faveur d'une obligation morale de l'auteur.

Pour finir, en ce qui concerne le rythme de publication de Jordan, il y a eu une seule fois un écart de trois ans entre deux livres (Winter's Heart en 2000 et Crossroads of Twilight en 2003). Pour tous les autres, c'était entre un et deux ans d'attente, soit onze livres publiés en seize ans. Et après, il est tombé gravement malade.
Pour Martin, c'est jusqu'ici cinq livres publiés en quinze ans, et potentiellement six livres en vingt-et-un ans, à supposer que le suivant paraisse l'année prochaine. Non, ces deux rythmes ne sont absolument pas comparables !

Je suis entièrement d'accord sur le fait que Sanderson ne peut pas servir de standard de comportement pour les écrivains, il est exceptionnellement engagé dans son oeuvre et dans l'écriture. Mais bon, on en est quand même très loin avec Martin.
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