Pinshae
Un prix à payer
C'est une horrible nuit de mars qui s'annonce. Une nuit blanche de lumière mais une nuit dépourvue d'étoiles. Toute la journée, de lourds nuages violacés ont envahi le ciel. Des nuages à la panse gonflée de trombes d'eau glaciale, et chargés d'une promesse d'éclairs roses et blafards. Des nuages venus de l'Ouest et par delà les terres de cet océan maudit. Depuis plus d'une heure le jour décline et les premières gouttes de cet orage imminent viennent de s'écraser sur mon pare brise.
Alors que la pluie se fait torrentielle, je m'engage dans l'allée de ma propriété. Ma maison. Une vie de travail acharné a été nécessaire pour l'obtenir. Une vie de travail acharné et de lutte contre la folie qui me guette à chaque instant. Alors que j'éteins les phares, le premier éclair frappe la campagne, à quelques lieues d'ici. La forme noire et massive du manoir se découpe dans la lumière blanche et écoeurante. Je remonte le col de mon manteau et me décide à parcourir les quelques mètres qui me séparent du perron en courant.
Enfin chez soi, et au sec. Cette pluie m'a gelé jusqu'à la moëlle. Un plongeon dans de l'eau brûlante me fera le plus grand bien. Lentement je gravis les deux étages qui me séparent de la salle de bains. Une si grande maison. Tant de richesses accumulées durant de toutes ces années. Voilà un an que je consomme et savoure ma retraite dans ma belle demeure. Un an à déguster lentement ma fortune. Largement suffisant pour me rendre compte de son goût amer. Celui d'un thé trop longtemps infusé. A quoi bon avoir vécu cette horreur qui me taraude depuis quarante ans, à quoi bon en avoir gardé le secret comme un trésor précieux, si c'est pour en récolter seul les fruits? Et crever comme un rat dans un trou doré. Peut être que ce sacrifice de mon temps, de ma vie, de ma santé mentale, et de la seule amitié sincère que j'aie jamais partagée était bien vain. Peut être...
Peut être pas après tout. L'eau chaude remplit ma baignoire aux pieds griffus dorés à l'or fin. Une belle pièce. Elle m'a coûté cher. La fortune a un prix J'éclate d'un rire étrange en me glissant dans les bulles. Un rire que d’aucuns qualifieraient de démentiel... Je me laise couler sous l’eau. Dehors, la foudre tombe, de plus en plus proche.
Mais on frappe à la porte. Des coups sourds et un peu trop violents à mon goût. Qui ose venir déranger mon repos? Sûrement un de ces villageois jaloux. Irrité, je suis tenté de faire la sourde oreille mais l'intrus insiste et frappe de plus en plus fort. Il va finir par abîmer le verre délicatement travaillé de ma porte. Et d'ailleurs, pourquoi ne sonne-t-il pas? C'est curieux, mais ça me rappelle quelque chose. Je sors de mon bain, m'habille sans hâte, et me couvre d'un peignoir de velours rouge sombre. Dans le long couloir qui mène à l'entrée, je n'allume pas les lampes. Inutile de rendre la maison chaleureuse. Ainsi, le malotru se rendra peut-être compte qu'il me dérange.
J'ouvre lentement la porte, et découvre un petit homme vêtu d'un large capuchon. Je le gratifie d'un glacial :
« Que puis-je faire pour vous? Si c'est pour les oeuvres du village, j'ai déjà donné. »
L'inconnu ne bronche pas. Intrigué, j'essaie de découvrir son visage à la faveur d'un éclair, mais si son manteau ne l’avait pas déjà dissimulé à mes yeux, l'ombre de la maison aurait suffi à celer son identité. Je regrette à présent de ne pas avoir fait plus de lumière dans l'entrée. Mon visiteur ne bouge toujours pas, mais j'ai la désagréable impression que lui aussi scrute mon visage. Mon agacement est sur le point de se muer en colère. Soudain, l'homme sort de son mutisme:
« Samuel Danner? »
Interloqué je recule d'un pas... Samuel... Ce prénom n'a pas été utilisé depuis bien des années. L'homme profite de mon trouble pour gravir la dernière marche qui le séparait du seuil. Je me ressaisis et rétorque sèchement:
« Ce sera Lord Danner pour vous, Monsieur... Monsieur?
- Lord Danner? Eh bien on ne se refuse rien... » L'importun éclate d'un rire sinistre... Et sa voix... cette voix! Je n'en ai jamais entendu de pareille, à la fois éraillée et gargarisante. On jurerait que des bulles d’un liquide visqueux lui emplissent la gorge. Et pourtant cette voix est fluette, une voix de jeune homme. On dirait… Non.
Je déglutis péniblement.
« Que… que voulez vous ?
- Parler avec Samuel Danner, bien sûr. Oh pardon. Lord Danner. »
La raillerie est presque palpable dans sa voix gluante. Je devrais être furieux, mais il ne me reste qu’un petit résidu d’énervement, mêlé de curiosité et surtout de terreur. Oh non, le petit bonhomme dégoulinant ne me fait pas peur. Je m’étais simplement juré il y a quarante ans de ne plus jamais me montrer curieux. J’ai toujours su que cela n’apporterait que des ennuis, mais Flint… Oh Seigneur ! Je m’étais également juré de ne plus jamais évoquer ce nom, même en pensée. L’orage s’intensifie et semble ne plus vouloir jamais s’arrêter.
« Eh bien, entrez donc ! »
Il me semble apercevoir un sourire dans les ténèbres de son capuchon. Je mets un instant à comprendre. J’ai encore reculé de quelques pas, et l’inconnu a franchi la porte. Mon invitation à entrer est déjà obsolète. Je sens la colère sourdre à nouveau dans mes veines. Comment ose-t-il ? Et comment ai-je pu me laisser troubler au point de laisser ce malotru pénétrer chez moi ainsi ?
« Hum eh bien, puisque vous êtes déjà entré, il ne me reste qu’à vous débarrasser de votre manteau.
- Inutile. Allons nous asseoir.»
Je l’emmène au petit salon. Sans attendre d’y être invité, l’homme s’installe sur mon meilleur fauteuil en chintz. Consterné, je regarde son manteau ruisselant ruiner mon mobilier. Un éclair vient illuminer la pièce. Le tonnerre roule à travers les marais proches. Le grondement est à présent continu. Sale temps. Je me tourne vers mon « hôte ». J’allume quelques lampes afin de donner à la pièce une lumière plus constante et moins sinistre que celle de la foudre. Et qui sait ? Peut être que cela me permettra de voir enfin le visage de mon visiteur parasite. Mais l’ombre jetée par son manteau paraît vouloir absorber toute lumière, et l’homme semble regarder avec intérêt les motifs de mon tapis persan. Quel sombre secret dissimule-t-il sous son capuchon ? Non, je ne veux pas savoir. Plus de curiosité. Jamais.
« Il est tard. Je ne vous propose pas de thé. »
Qu’il me dise ce qu’il veut de moi, et qu’il aille au diable !
L’étranger doit lire dans mes pensées car il me lance, sans autre forme d’introduction :
«Je suis venu vous questionner à propos de la Baie de Kröhon ».
Mon sang se glace. Atterré, je m’assieds dans un fauteuil, face à lui. Ainsi donc, même les secrets les mieux gardés finissent par être ébruités… Mais comment ? Inutile de mentir. Cet homme SAIT, sinon il ne serait pas venu jusqu’à moi, jusqu’ici… Les voix se font à nouveau entendre dans ma tête. La Richesse… La Mort… Vivre avec le secret… Tel est le prix…
Ma foi, je peux peut être essayer d’éluder ses questions. Plus vite il sera parti, plus vite je serai soulagé. Plus vite ils se tairont.
« Que voulez vous savoir ? Toutefois je crains de ne pas vous être d’une grande utilité. J’ai vécu seulement mes jeunes années à Kröhon, et celles-ci sont bien loin maintenant. Le temps qui passe ne vaut rien à ma vieille mémoire…
- Je n’ai pas été assez clair, je crois… Je voudrais en savoir plus sur l’origine de votre fortune… »
Convoitise… la Richesse et la Mort … Convoitise… C’est donc, ça… Cet impudent petit moins que rien ne veut que la Richesse ! Mais comment a-t-il su ? Après tout si c’est ce qu’il veut, rien ne m’empêche de lui raconter la Légende de Kröhon. S’il veut payer le prix… Le Prix… la Richesse et la Mort… Après tout peut être qu’il commettra la même folie que moi… que nous. Peut-être que je serais libéré de ces voix. Et de Tom Flint. Danner… Me laisse pas! Danner ! Samuel !
Ces voix soufflent sur feu de la folie qui couve en moi. Ses flammes deviennent ardentes de démence et de haine. Elles dansent au rythme cadencé de la foudre qui tombe sans relâche, à présent.
« L’origine de ma fortune, hein… J’ignore qui vous êtes, jeune homme, mais vous avez manifestement entendu parler de la Légende, n’est ce pas? Vous savez ce qui se raconte chez les jeunes gens de Kröhon ?
- En effet. Je viens moi-même de Kröhon… Ce pauvre village de pêcheurs perdu entre les falaises de la baie. Un trou sans avenir. Mais il semble que vous ayez eu le même raisonnement il y a quelques années et que cela vous ait réussi.
- Oui et non. Sachez que la richesse a un prix. »
Ma voix se fait plus basse, et grondante. J’ajoute, à moitié pour moi-même : « Trop élevé, peut être. »
« Je n’en doute pas. Néanmoins, parlez moi de votre… réussite. »
J’hésite un instant. Sa voix révèle son jeune âge, même si elle est étrange et lugubre. Après tout, il me ressemble peut être beaucoup. J’étais jeune et arrogant moi aussi. Moi aussi je voulais quitter Kröhon… à n’importe quel prix. Trop élevé ? Sans aucun doute. Mais c’était l’idée de Flint, pas la mienne. Et maintenant je suis maudit. J’ai payé trop cher, trop longtemps. Il est temps que cette malédiction tombe sur quelqu’un d’autre. Il n’aura que ce qu’il désire après tout. L’orage ponctue ma décision d’un éclair plus violent que les autres.
« Soit. Nous sommes assez semblables finalement. Je comprends vos motivations, je vais donc vous… aider. J’avais près de 17 ans le jour où mon meilleur ami est venu tambouriner à ma porte. Selon lui, il avait trouvé le moyen de nous sortir de Kröhon. Les pêcheurs parlaient beaucoup à la taverne de son père. Ils parlaient d’un endroit maudit au-delà de la falaise Ouest. Un maelström géant où on entendait des voix. On racontait qu’il s’agissait de l’endroit où la mer se vide, et que ce tourbillon ouvrait sur la porte des enfers… J’imagine que vous connaissez tout ça, n’est ce pas ? Mais la veille, Flint avait entendu un nouveau récit, celui du vieux Mar’ch. Sa barque avait été emportée par le courant près du tourbillon, bien plus près que de raison. Les voix s’étaient faites plus claires. Le vieux Mar’ch les avaient entendues parler de richesse et de convoitise, et de lui enjoindre d’approcher. »
Je m’interromps dans mon récit… Richesse… Convoitise… Richesse et Mort sont le prix à payer... Je dois convaincre ce gosse d’y aller. Je ne veux plus les entendre… Je ne veux plus ! J’ai près de soixante ans… mais j’ai l’impression d’en avoir le double… le triple… Laissez moi en paix !. Le tonnerre est assourdissant, ma tête tourne. Je parle plus fort, en partie pour couvrir le bruit, mais aussi parce que je me sens comme exalté... Il est temps d’en finir.
« Je me suis laissé convaincre d’y aller. Il faut dire que Flint n’était pas du genre à se laisser décourager par les racontars sur une éventuelle malédiction. Quant à moi, la promesse d’une vie meilleure et de richesse suffisait à me donner du courage. La nuit tombée, nous avons « emprunté » une barque au port… Nous nous sommes approchés du trou… c’était plutôt… terrifiant… Il semblait n’être ouvert que sur un vide infini… Mais les voix, elles étaient là, si… belles, en un sens. Elles nous promettaient la richesse si nous venions à elles et si nous voulions bien en payer le prix. Elles ont tenu parole, comme vous voyez…
- Qu’est il arrivé à Flint ? »
La Mort et la Richesse sont liées… tel est le prix… Un sourire dément se peint sur mon visage. J’essaie de lui donner un air aimable, craignant que mon visiteur ne se méfie.
« Eh bien... il a eu sa part…
- Sa part… hum… » La voix gargouillante du jeune homme, devient plus sèche et plus cassante. Elle a également… eh bien… quelque chose de bizarrement familier. Les voix… Elles reviennent, mais pas seules. Les images viennent s’y superposer, visions de cauchemar éveillé. Voilà pourtant plus de trente ans que je suis parvenu à les chasser… Les mains vertes et visqueuses qui empoignent Flint et l’entraînent dans les flots rageurs. Les visages décomposés de jeunes gens qui hurlent sous la surface de l’eau depuis des siècles et des siècles et leurs regards sans yeux qui me transpercent. La voix et les plaintes de ceux qui comme nous se sont laisser attirer par la promesse d’une richesse incommensurable…
Mais quelque chose cloche… Si ce jeune homme veut devenir riche pour quitter Kröhon, que fait il ici, à l’autre bout du pays, au fin fond de la campagne et loin de tout océan maudit ? Et comment m’a-t-il retrouvé ?
« Votre sens du partage est bien étrange, Lord Danner... »
Le prix à payer… La Mort… la Mort… Je comprends soudain. Mon interlocuteur doit l’avoir remarqué car il rejette enfin son capuchon en arrière. Ses vêtements dégoulinent toujours autant que lors de son arrivée, ce n’est pas normal, mais à présent cela n’a plus d’importance. Son visage putréfié et gonflé d’eau de mer apparaît dans la lumière d’un dernier éclair. L’orage s’éloigne. Tout est fini. Enfin. Les voix se taisent, apaisées, puisque je vais les rejoindre.
Je t’accompagnerai puisque tu m’as retrouvé, Flint, mon ami. Je t’accompagnerai une nouvelle fois. Là où la mer tombe.
Aelghir
REINE DE DOULEUR

Tragédie en 4 pages imposées.
(Bon, 5, on ne va pas chipoter. D’ailleurs, les alexandrins sont plus courts que les lignes normales, alors l’un dans l’autre, ça doit même faire moins de quatre pages)
Personnages : le roi, la reine, le chœur des devins
La reine :
Ô mon royal époux, que vaut-il d’être reine
Pour succomber ainsi sous le faix de ma peine ?
Seule et de noir vêtue, je hante au long du jour
Les roides escaliers jusqu’aux sommets des tours.
La nuit aussi me voit, silencieuse et avide,
Plonger mes yeux fiévreux dans l’affliction du vide.
Le chœur des devins :
La reine tord ses mains. Elle répand ses larmes.
Le roi a convoqué les grands maîtres des charmes.
Le roi :
Ô ma reine, ma mie, votre douleur est mienne.
Elle broie mon âme, cette féroce chienne.
Cependant je règne et dois censurer mon cœur.
Mon peuple me veut fort, je retiens donc mes pleurs
Car la voie du devoir est la seule qu’un roi
Peut fouler sans faillir. Telle est la noble loi
Qui me donne le droit de gouverner les hommes
Et d’être l’absolu en ce puissant royaume.
Le chœur des devins :
La reine se lamente, elle maudit les dieux.
Le roi a ordonné qu’on questionne les cieux.
La reine :
Ô seigneur souverain ! Ô roi de droit divin !
Votre glorieux labeur ne sera-t-il pas vain ?
A qui lèguerez-vous vos orgueilleux domaines ?
Le sort commun à tous, sans amnistie nous mène
A nous coucher, glacés, auprès de nos ancêtres.
Les fumées de l’encens, les prières des prêtres
Vous enseveliront dans l’oubli de la mort.
Mais nul fils déférent n’honorera ce corps
Tordu par l’agonie et rongé par les vers.
Rendez-moi mon enfant ! Sauvez-moi de l’enfer !
Le chœur des devins :
La reine oublie son rang, elle n’est plus qu’une mère.
Elle griffe son sein et d’une voix amère
Reproche à son époux l’irréparable deuil
Dans lequel l’a plongée son infini orgueil.
Le roi :
Je souffre, ma Dame, des cruelles paroles
Prononcées contre moi. Et je ne sais quel rôle
Vous voulez m’assigner dans cette tragédie
Qui nous frappe tout deux, ne vous l’ai-je pas dit ?
Cependant à mes yeux, un grand chagrin excuse
Les propos infamants par lesquels on m’accuse.
Je ne me confonds pas en vains gémissements.
J’agis ! Je convoque ! J’ordonne que céans
Soient rassemblés tous ceux qui font métier de lire
Présages et signes, passé et avenir !
Le chœur des devins :
Nous avons obéi, nous sommes accourus,
Délaissant les grottes, les places et les rues,
Lieux où nous pratiquons nos talents avérés.
D’éminents prodiges, ô reine, vous verrez.
Nous lirons les astres, les entrailles, le vol
Des vautours et des oies, le marc au fond du bol,
Les crottes de hiboux, les tridents des éclairs.
A nos yeux pénétrants, tous les signes sont clairs !
Nos cœurs se sont émus du poids de votre peine.
(Et grâce à ce grand roi, nos poches seront pleines !)
La reine :
Qui sont ces étrangers, vêtus d’oripeaux sombres,
Aux rictus effrayants et aux regards pleins d’ombre ?
Que veulent-ils de moi ? Que prétendent-ils faire ?
Leurs cris m’insupportent. Qu’on les fasse donc taire !
Le chœur des devins :
Ô reine, nous sommes vos humbles serviteurs.
(Et son époux contrit est notre débiteur).
Le roi :
Ma mie, écoutez-moi. Ce sont des astrologues
Qui vous révèleront sur quel océan vogue
La nef où embarqua le prince notre fils.
Ils démantèleront le traître maléfice
Qui le tient éloigné depuis plus de trois ans.
Leurs sorts me coûtent chers et seront donc puissants !
Le chœur des devins :
Nous verrons, nous voyons, nous avons vu, nous vîmes
Des navires voguant sur de sombres abîmes.
La reine :
Sur de sombres abîmes ! Sur des gouffres sans fond !
Le roi :
(Ne se rendent-ils pas compte de ce qu’ils font ?)
[à la reine]
Les voyants sont obscurs, il ne faut s’angoisser.
Laissons-les dévider tous les fils du passé
Et démêler ceux-ci des boucles du présent.
[aux devins]
Voilà des mots affreux. Mais prenez donc des gants !
La reine attend de vous des visions apaisantes
Et non le cauchemar de cette nef errante,
Ballottée par les flots, de partout prenant l’eau.
[à la reine]
Le monde est si grand et les cieux sont si hauts
Qu’il faut beaucoup de temps (sans parler de l’argent)
A ces hommes experts pour retrouver nos gens.
Notre fils n’est pas seul, une armée l’accompagne.
La reine :
Vous le savez fort bien ! Cette folle campagne,
Vous l’avez seul voulue pour votre seule gloire,
Pour qu’au noble fronton du temple de l’histoire,
Votre nom soit gravé en lettres majuscules.
Le chœur des devins :
Le roi tend ses deux mains mais la reine recule.
L’absence de son fils a éteint la tendresse
Pour l’époux arrogant qui, malgré sa détresse,
A envoyé l’enfant sur des mers inconnues.
Le courageux garçon n’est jamais revenu.
Aucun des dix bateaux n’a regagné le port.
Allons, frères, allons, lançons, jetons nos sorts,
Comme de grands filets sur les mers et les îles.
Mesurons, arpentons des miles et des miles.
Capturons dans nos rets la moindre émanation,
Le plus petit indice et sans hésitation,
Découvrons la trace des nefs évanouies
Sur les voies liquides des océans inouïs.
Suivons le fil d’argent des sillages fantômes.
Dessinons en esprit le parcours de ces hommes
Qui pour complaire au roi, ont armé dix vaisseaux,
Et sont partis, vaillants, confiants et un peu sots
Conquérir en son nom des territoires vierges.
La reine eut beau prier et allumer des cierges,
En appeler aux vents, Aquilon et Borée,
Implorer les Esprits puis tous les abhorrer,
Les dix nefs royales se sont perdues en mer
Sur des récifs mortels, dans des gouffres amers.
Mais donnons de l’espoir à cette pauvre femme,
Que nos divinations entretiennent la flamme
Qui brûle pour ce fils unique et tant aimé.
(Et qu’elles nourrissent nos ventres affamés !)
Le roi :
Ecoutez leurs avis et leurs sages conseils.
Ils lisent l’avenir, parlent avec le ciel.
Ils sauront ramener notre fils à bon port.
Ne doutez pas qu’il est bien vivant et non mort.
Le chœur des devins :
(Forçons notre talent, cela en vaut le coup.
Or nous ne voulons pas qu’on nous coupe le cou,
Soyons donc convaincants, paraissons sûrs de nous.)
Belle souveraine, nous plions les genoux.
Devant tant de grâce, nous sommes confondus.
Posez votre question, la vérité est due
A celle dont l’enfant est notre futur roi.
La reine :
Devins, je veux savoir si mon fils est la proie
De l’ombre ou de l’effroi, si je dois espérer
En un heureux retour, ou si je dois errer,
Ame douloureuse, jusqu’à ce que la mort
Vienne enfin apaiser mes lancinants remords.
Le roi :
Répondez sans détours et par des mots choisis
Rassurez ma reine. Son fils est-il en vie ?
Le chœur des devins :
Frères, fermons nos yeux. Comme l’oiseau marin
Qui frôle les vagues, ayons un cœur d’airain.
Volons sans escale, surprenons par les yeux
De nos esprits aigus ce que cachent les dieux.
Voyez, voyez, voyez ! Nous voyons ! Nous voyons
Les étendues fluides, les marines régions.
L’Océan infini nous attire vers lui.
Sur sa peau mouvante, un ardent soleil luit.
Ses rayons incisifs illuminent les voiles
Des dix vaisseaux royaux que guident les étoiles.
A la tête se tient un jeune capitaine :
Le prince, votre fils, ô notre souveraine !
A ses ordres précis, les marins obéissent
Les courants et les vents leur sont des plus propices.
Des terres se profilent, quelques îles désertes,
Véritables joyaux, luxuriantes et vertes.
De l’or à profusion, du bois noir et précieux,
Des perles parfaites scintillant sous des cieux
Indigo et profonds comme au début du monde...
Un devin [d’une voix tremblotante et aiguë] :
Qui donc a inventé que la Terre était ronde ?
Ah ! Frères, que vois-je ? Que voyez-vous, mes frères ?
Les autres devins :
Fier crétin, sombre idiot, mais tu vas donc te taire !
Cesse tes simagrées. Mais à quoi donc tu penses ?
Tes élucubrations font fuir la récompense.
Le devin [d’une voix toujours tremblotante et plus aiguë encore] :
Ce vacarme soudain qui emplit mes oreilles
N’est pas dû, je le sais, à la dive bouteille.
C’est le bruit terrifiant de nombreuses cascades.
En vain on chercherait une ultime parade.
Le roi :
Mais quel est le démon qui parle par sa bouche ?
Il bave et balbutie, il gesticule et louche.
La reine :
Est-ce la vérité qui jaillit de sa bouche ?
La peur me rend soudain plus raide qu’une souche.
Les autres devins :
N’écoutez pas ce fou. C’est un vrai lunatique !
Il fait l’intéressant. (Nous perdrons tout le fric !)
Le devin [d’une voix toujours etc...] :
Les courants sont puissants et tirent les bateaux
Jusqu’à l’extrême bord où s’engouffrent les eaux.
Que les dieux m’aveuglent ! Effroyable vision !
Sans pouvoir rien y faire ils passent l’horizon.
Leurs yeux incrédules voient là où la mer tombe
Dans le gouffre infini, là est l’amère tombe.
Le chœur des devins [sur un ton désabusé] :
Terrassée par l’horreur, la pauvre mère tombe.
La reine :
Mon fils, je te rejoins dans la nuit de la tombe.
Le roi :
Je porterai le deuil de ces deux innocents.
Mes mains frissonnantes ont trempé dans leur sang.
Les dieux justes ont vu toute ma présomption.
Mon orgueil a voulu supplanter les nations.
Je paie de mon bonheur une inutile gloire.
Le chœur des devins [sur un ton encore plus désabusé] :
Et nous, on ne nous sert pas même un coup à boire !
Murmure
LA COMPLAINTE DES ABYSSES
Quand je m’en suis rendu compte, il était déjà trop tard. Le phénomène avait été enclenché bien des marées plus tôt. Il y avait eu des signes, et bien plus que des signes, mais à aucun moment je n’y ai prêté attention. Bien d’autres soucis avaient agité mes écailles avant cela, des soucis que j’avais toujours considérés comme les pires choses qui m'étaient jamais arrivées. Je me trompais.
LA COMPLAINTE DES ABYSSES
Il est vrai que je ne suis que rarement retourné sur les Terres Sèches : j’ai toujours préféré la fraîcheur des Terres Fondatrices, le calme, le silence, les habitants dénués de raison et d’éthique… Pour cette raison, et uniquement pour cette raison, le corps de mon ennemi ne pouvait pas demeurer ici bas. Seule la boule de lumière brûlante était en mesure d’en hériter. J’ai donc passé des flux et des reflux à me demander à quelle vitesse Voan disparaissait du monde, espérant secrètement que ses souffrances n’avaient d’égale que la cruauté dont il avait fait preuve à mon égard. Ma collerette déchirée s’en souvient encore.
Alors que dans une dernière remontée destinée à m’assurer que Voan avait fini par trépasser, alors que j’emmagasinais des forces pour mettre à nouveau le pied sur les Terres Sèches, je compris avec effroi qu’il était désormais impossible d’y accéder. La pierre blanche aveuglante de la surface avait cédé la place à un mur gigantesque que j’étais bien incapable de gravir. On m’avait prévenu, mais je n’avais pas écouté. Un vent glacial s’était levé sur l’onde et enfonçait ses piques meurtriers à travers ma peau. La lumière avait quitté le monde, remplacée par une semi obscurité que les rayons des cieux avaient bien du mal à percer. Pourtant, point de nuages à l’horizon, juste un sombre voile bercé par les souffles gelés des altitudes.
Malgré le froid, je restais des heures à observer les étendues silencieuses autour de moi, guettant vainement le moindre signe de vie. Je ne m’apercevais pas qu’une nouvelle grève se révélait là, juste en face. Je ne le compris qu’en contemplant la mort. Voan quitta définitivement mon esprit, remplacé par tous les cadavres que l’océan laissait derrière lui. Par mon poison ! Je ne souhaite à personne de voir ce que je vis ce jour là. Des dizaines de créatures sans âme peuplant ces eaux jonchaient la grève et restaient couchées sur le flanc, agonisantes, cherchant irrémédiablement à regagner l’onde salvatrice, cherchant désespérément à respirer, cherchant tout simplement à vivre. Plus les vagues se retiraient, plus leur nombre augmentait.
Cette vision devint vite trop difficile à supporter et je décidai de m’en aller. De toute façon j’avais passé bien trop de temps à la surface. Je dus plonger plusieurs fois pour réhabituer ma peau à l’eau avant de repartir, mais contrairement à toutes ces malheureuses victimes, je n’eus aucun mal à retourner sous les flots. Durant ma descente, d’obscures pensées m’envahirent. Et si l’océan était en train de disparaître ? La mer retournait-elle à la Création ? Etions-nous punis par les dieux ? A toutes ces questions, je n’avais aucune réponse. Mais ce que mes yeux m’avaient montré, je ne pouvais l’oublier. Les Terres Sèches envahissaient mon espace vital. Etais-je condamné à prier pour que cela s’arrête ? Que pouvais-je bien faire ?
La mort fait partie de la vie, elle n’est qu’une fenêtre qu’on ouvre et à travers laquelle on peut tomber si l’on n’y prend pas garde. Mais elle est naturelle. Ce qui était en train de se passer ne ressemblait en rien à quelque chose de naturel. Et j’en eus la confirmation quand enfin j’arrivai à Gyilgyn. Je ne pus qu’ouvrir mes yeux argent de stupeur en découvrant qu’ici aussi la mort avait frappé. Des nuages de poison flottaient encore entre la pierre des bâtiments et dans les couloirs de roche. Civils et soldats gisaient la tête enfouie dans les sables gonflés de leur sang. Je reconnus parmi eux beaucoup d’illustres représentants de ma race, de braves combattants, des prêtres, mais aussi des femelles et des enfants. Plus loin, je vis même ce qui restait de la famille royale, tous massacrés, se vidant de leur sang et faisant le régal des charognards. Un court instant j’eus l’intention de m’en délecter moi aussi mais je rejetai aussi sec cette idée : je ne savais pas ce que j’allais manger.
La plupart des lumières de la cité n’émettaient plus qu’un pâle éclat blafard, et nombre d’entre elles avaient été brisées, probablement dans des accès de folie. La prison dans laquelle j’avais jadis séjourné n’avait pas connu de dégâts, mais dans les profondeurs des geôles, sous mes nageoires, je vis nombre de cadavres d’anciennes connaissances. Deux d’entre eux se tenaient encore à la gorge, figés pour l’éternité dans leur agonie. La réalité s’imposa d’elle-même à mon esprit. Ils s’étaient entretués ! Ils s’étaient tous entretués ! Pour je ne sais quelle raison, la folie les avaient tous envahis, corrompant même les individus les moins belliqueux. Comment un tel phénomène pouvait-il être possible ?
Virevoltant habilement à travers le poison, je pris sur moi de laisser tout cela en arrière et de rejoindre mes profondeurs adorées. Quelque chose avait corrompu ma ville. Je ne tenais à être la prochaine victime. Alors j’accélérai l’allure, les yeux fermés, sans regarder vers où je plongeais. La seule idée de rester dans un cimetière empoisonné me donnait la nausée. Il me fallait mettre le plus de distance possible entre lui et moi.
Quand l’eau devint presque glaciale, je redécouvris mon élément. Elle ne me blessait pas comme l’avait fait le vent, elle me lavait de mes impuretés. Elle m’aimait, et je l’aimais également. J’ouvris les yeux et les laissai s’adapter à l’obscurité. En quelques secondes, je distinguai de nouveau l’éclat grisâtre de mon environnement. Un instant très bref je glissai ma main devant moi, et je la vis comme je devais la voir ici : fine, les veines saillantes, les griffes éclatantes, auréolée par cette fine couche blanche. Au moins ma vision dans cette partie du monde n’avait pas été altérée. Je me sentais toujours moi-même, fort, fier et indépendant, et aucune idée de meurtre ou de massacre ne m’effleurait. J’avais échappé au destin cruel de mon peuple. J’étais libre. Mais pour combien de temps ?
La vision de la surface défigurée ne cessait de me tarauder, encore et encore. Pourquoi n’avais-je rien vu venir ? Pourquoi avais-je passé mon temps à… Mais bien sûr ! Parce que j’avais été obnubilé par Voan ! Depuis des jours je ne pensais qu’à lui, à ce qu’il m’avait fait subir. Et je l’avais châtié pour son crime, de la pire façon dont l’un des nôtres puisse mourir. Voilà pourquoi j’avais ignoré autant de signes précurseurs de ce malheur. L’odeur de mon propre poison s’imposa à moi. J’en avais laissé échapper une partie, et il m’environnait. Avais-je été le premier de ma race à succomber à la folie ? La cruauté avec laquelle je l’avais traité me sembla soudain disproportionnée. Mais les autres, tous ceux qui s’étaient entretués, avaient fait preuve du même type de cruauté.
Je ne savais plus où j’étais. Je ne savais plus où j’en étais. Mais je ne pouvais pas rester dans l’ignorance, il me fallait des réponses. J’exigeai des réponses ! Je me mis à hurler ma colère, ma rage et mes tourments aux profondeurs silencieuses de l’océan ! J’arrachai des écailles de mon crâne alors que je me prenais la tête à deux mains, mes griffes martelant sans relâche les os de mon front. Je vis mon propre sang inonder ma face et se mêler à mon poison en volutes attirées par les fonds.
C’est à ce moment que les abysses me répondirent. Au début, je n’entendis pas leurs voix. Ce n’est qu’en me calmant que leurs chants me parvinrent. Et ils m’envahirent en un seul instant. Ils m’apportèrent l’apaisement. Alors je compris ce qu’ils me disaient. Ils m’apportaient les réponses aux questions que je venais de hurler, et ils me disaient de descendre encore pour venir les écouter.
Mes mains retombèrent le long de mon corps et je me sentis glisser, emporté par un faible courant qui n’était pas là avant. Ma vision se fit plus claire et je vis encore plus profondément. L’étrange mélange de mon sang et de mon poison descendait lui aussi en un lent mouvement spiralé, et suivait le petit courant qui m’enlevait moi aussi. Quelques instants plus tard, je finis par voir que je n’étais pas le seul à tomber. Des bancs entiers de poissons avançaient de la même façon que moi, des algues et des plantes arrachées à leur substrat les escortaient dans ce lancinant ballet des abysses, d’imposants prédateurs immobiles chutaient à leur suite… si bien que quelques heures plus tard je me retrouvai entouré de toutes parts par un nombre incalculable de ces vies sans âme. Nous formions le banc le plus hétéroclite et le plus important jamais constitué. Nous étions devenus un.
Toutefois, je me rendis très vite compte que beaucoup d’entre eux ne venaient jamais dans les Terres Fondatrices car rejetés par elles, impurs, ils ne pouvaient pas y vivre. La quasi-totalité des êtres qui dansaient autour de moi avaient perdu la vie. J’étais devenu membre à part entière d’un banc de cadavres. Je n’avais donc rien à faire ici. Mais la lente complainte des abysses me disait le contraire. Elle ne cessait de se répéter et me disait de descendre, de toujours descendre. Je décidai de ne plus l’écouter.
Secouant la tête, je regagnai le contrôle de mon corps et battis de toutes mes nageoires pour remonter plus haut, là où ce chant ne m’atteindrait pas. Je ne pus malheureusement aller bien loin. J’avais en même temps repris le contrôle de mon esprit et l’horrible réalité s’empara de moi encore plus violemment que je ne le pensais : j’étais prisonnier d’un puissant courant marin descendant qui m’attirait irrémédiablement vers le cœur des Terres Fondatrices. J’avais déjà vu les volcans, j’avais déjà vu les éruptions et la lave se transformer en pierre, mais je n’avais jamais été préparé à ce que je vis alors : une énorme fissure béante défigurait le cœur des abysses, et rien n’en remontait. Tout ce qui vivait passait au travers de cette fissure et disparaissait de l’autre côté sans espoir de retour. Il n’y avait pas la moindre montagne, pas le moindre volcan : l’océan tout entier disparaissait, happé par cette bouche infernale !
Plus je sombrais, et plus le chant se faisait puissant lui aussi. Il envahissait mon crâne, et s’était mué en voix qui me maudissaient, me disaient que j’allais payer pour ce que j’avais fait. Elles me hurlaient qu’elles ne me lâcheraient pas et qu’elles me poursuivraient aussi longtemps qu’il le faudrait. Je battais des mains, je battais des pieds, mais mes mouvements ne me conduisaient nulle part. La douleur se répandait par vagues successives dans tout mon corps endolori avec une violence sans cesse croissante. Mes nageoires se déchirèrent une à une sous les efforts désespérés que j’entreprenais. Les corps autour de moi me percutaient à chaque seconde, manquant de me faire sombrer dans l’inconscience. Mais je luttais de toute mon âme, de toutes mes forces. Je ne pouvais pas abandonner. Pas comme ça ! Non pitié pas comme ça !
J’ignore combien de temps je me débattis dans cet enfer, mais aussi soudainement qu’il étais arrivé, il cessa. Mes yeux se fermèrent d’eux-mêmes, et, épuisé, je me laissai tomber, sans savoir encore une fois où j’allais. Je ne sentis même pas le choc avec le cœur des Terres Fondatrices, mais son toucher me ramena à la vie. J’avais échoué au bord de la crevasse, l’un de mes bras pendait dans le vide. Le courant avait cessé, je me retrouvai seul de nouveau. Mes yeux ne voyaient plus rien, seule la fissure m’apparaissait clairement. Tant bien que mal, je tentai de me redresser et je ne pus y parvenir qu’au terme de douloureux efforts.
Une voix s’éleva, tout près de moi. « Ce qui a commencé ne peut être arrêté. Le temps t’est compté. Choisis où tes pas doivent te mener. »
Abasourdi, je fis de grands gestes des bras pour essayer d’agripper mon étrange interlocuteur mais je ne rencontrai que de l’eau. Que de l’eau. Evidemment ! Que peut-on trouver d’autre dans un tel endroit ? Je finis par croire que j’étais seul au fond de l’océan, avec les abysses pour seuls compagnons… Ce qui a commencé ne peut être arrêté… L’océan finirait par disparaître totalement, me conduisant fatalement à une mort certaine. Je n’avais donc pas de véritable choix. Rester et mourir, ou aller là où la mer tombe. Une partie de moi-même était prête à quitter ce monde, mais elle ne pesait pas grand-chose. Le choix fut vite fait.
Mon cœur tambourinait dans ma poitrine alors que je me penchais au-dessus de l’abîme. La crevasse m’apparaissait toujours aussi clairement mais je n’en voyais que les contours. Rien ne me permettait de dire ce qu’elle contenait. A côté de moi, le courant qui avait failli m’emporter rugissait toujours, engloutissant tout ce qui avait vécu sous les flots. Le salut ? Peut-être. L’idée de me noyer dans mon propre poison m’effleura l’esprit, mais comme toutes les autres, elle fut chassée. J’ouvris toutes grandes mes ouïes, et assumai ma décision.
Une intense chaleur m’accueillit de l’autre côté et il y avait tant de lumière que je ne pouvais pas ouvrir les yeux. Je sentais du sang ruisseler le long de mon dos, et des lanières me lacérer les poignets et les chevilles : j’étais captif. Je n’étais pas dans l’eau ! Où étais-je donc arrivé ? Qui m’avait capturé ? Les voix de mes ravisseurs ne tardèrent pas à se faire entendre… A mon grand effroi, je les reconnus.
« Voan n’est pas encore mort.
– Attends, ça ne devrait plus être long. »
Owyn
Le Barde et la Reine
LA FÉE-MÂLE, jeune seigneur des fées, créature des forêts.
LA SIRÈNE, une créature de l’eau.
L’ACOLYTE, un gnome, valet de la Fée-Mâle.
LE BARDE, un humain, musicien au service du Roi et de la Reine
LE ROI, un humain, époux de la Reine.
LA REINE, une humaine, épouse du Roi.
L’ÉRUDIT, un humain, conseiller du Roi et de la Reine qui n'apparaît pas dans la pièce.
SUITE du Roi.
SUITE de la Reine.
La scène se passe sur les côtes de la Mer de Jade, et dans le Palais du Roi des Humains.
ACTE I, Scène 1.
LE ROI, LA REINE, SUITES du Roi et de la Reine.
Le rideau s’ouvre. On voit une salle richement décorée. A l’avant de la scène, à gauche, un tabouret garni de coussins est installé, et plus en retrait, sur le côté, deux trônes côte à côte sur une estrade. Au fond, un rideau de velours rouge, fermé, dissimule l’arrière de la scène.
Le Roi et la Reine entrent. Derrière eux, une longue traînée de courtisans, se jetant des regards mauvais, suivent chacun de leurs gestes.
LE ROI, tenant son épouse par la main : Madame, depuis quelques temps, je n’ai pu manquer de remarquer dans votre regard comme une ombre étrange, un orage qui couve et semble quelquefois sur le point de libérer sa furie. Je…
LA REINE, dans un rire : En vérité ! Le plus étrange est sans doute que vous ayez vu quoi que ce soit, Messire.
SUITE de la Reine, en chœur, férocement : En vérité !
LE ROI : Allons, allons. Ne pouvez-vous chasser pour une fois cette suite encombrante ? J’ai à vous parler, et leurs simagrées, de jour comme de nuit, troublent le repos de ce palais.
SUITE du Roi, en chœur : Il est vrai !
LA REINE : Renvoyez donc les vôtres, Sire mon époux, car s’il est bien une chose qui sans cesse menace d’éveiller l’orage dont vous parlez, c’est sans nul doute ce flot de courtisanes enrubannées qui minute après minute, répètent toutes vos paroles, lèvent vers vous des yeux éperdues de dévotion, soupirent enfin mille niaiseries qui ne sauraient m’amuser derrière leurs boucles et leurs écharpes parfumées.
LE ROI : Eh ! Eh ! Ne s’agit-il donc que de ça ? Ce ne sont là que des frivolités qui occupent mes heures sombres, rien dont il faille vous mettre en peine, ô ma chère épouse.
LA REINE : Qu’avez-vous à me dire ?
LA SUITE de la Reine, se rapprochant en murmurant : Qu’a-t-il à lui dire ?
LE ROI : A voir votre noble front s’assombrir de nuages menaçants, j’ai craint à vrai dire que cette colère qui semble vous animer, et dont vous me taisez les raisons, était tournée contre moi. C’est dans l’espoir de vous complaire, aussi, que j’ai fait appel à notre Barde. De retour depuis peu d’un éprouvant voyage, il prétend illuminer vos yeux de nouvelles et délicieuses chansons.
LA REINE à part : Las ! Rien ne saurait m’emplir de plus de peine !
LE ROI : Le voilà qui se présente devant nous. Gagnons nos trônes pour l’accueillir.
Scène 2
LE ROI, LA REINE, SUITES du Roi et de la Reine, LE BARDE.
LE BARDE, s’inclinant : Ô Noble Roi, Ô merveilleuse Reine ! Trop de belles nuits ont tendu leur voile d’étoiles et d’ombres depuis mon départ, les arbres millénaires prennent aujourd’hui des robes d’ocre et de pourpre, les jeunes pousses frémissent déjà des premiers élans de l’hiver. Mais j’ai voyagé au-delà des terres des hommes, au-delà même des sylves du peuple fée, guidé par l’étrange sentiment qui animait mon cœur depuis peu.
LA REINE, à part : Ah ! Tout cela est si bien dit que je sens mon âme s’agiter curieusement !
LE BARDE : Longeant les tendres rivages de la Mer de Jade, je fus témoin d’une étrange aventure dont je vais à présent vous faire le récit. Puisse la musique vous porter sur ses ailes, et faire vivre dans vos cœurs l’histoire de la Sirène et de la Fée.
Il prend sa lyre et s’assoit sur le tabouret. L’estrade du Roi et de la Reine s’écarte sur le côté de la scène et le second rideau s’ouvre, révélant une plage au sable fin, et les eaux calmes et bleues de la Mer de Jade.
ACTE II, Scène I.
LA FÉE-MÂLE, L’ACOLYTE, LE BARDE.
L’ACOLYTE : Et donc je lui ai demandé comment ça allait se passer, si ma voix de brave paysan avait autant de valeur que celle de ce gros bonnet de l’Eglise et il me répond « L’Abbé prévaut ». Saleté de Juge.
LA FÉE-MÂLE en baillant : Ah hiiiiiiin, passionnant.
L’ACOLYTE : Seigneur, là-bas, n’est-ce pas la mer, là-bas ? Non pas là, LÀ !
Scène II : LA FÉE-MÂLE, LA SIRÈNE, d’autres.
LA FÉE-MÂLE regardant la mer : Mais non enfin, tu vois bien que ce n’est que de l’eau, ça n’a pas les reflets brillants de la mer. La mer est un tissu de fluide et d’or, des cristaux de soleil et de lumière emprisonnés dans la brillance du ciel liquide. C’est cela que je cherche.
LA SIRÈNEsortant d'un rocher (parfaitement) : Vous vous trompez, Seigneur, c’est bien là la mer que vous voyez.
LA FÉE-MÂLE : Oh oui je la vois...
LA SIRÈNE : ah !
L’ACCOLYTE : Enfin il est revenu à la raison ! Depuis des années que nous cherchons cette mer invisible dans l’eau !
LA FÉE-MÂLE s’approchant de la Sirène : Elle est tombée dans vos yeux.
FIN
La Reine, tombée en pâmoison, est évacuée tandis que le rideau s’abaisse.
Eltharion
Mystère
Ashnor se réveille au pied du grand arbre prés du village, le vieux chêne se tient dressé comme il l’a toujours fait, totalement immobile, pas le moindre souffle de vent pour agiter ses feuilles… Pourtant il fait froid. Ashnor se lève et défroisse ses vêtements, que fait-il ici ? Il ne se souvient pas s’être endormi.
Après un rapide examen des lieux il se rend compte qu’il est seul, il n’y a pas un bruit autour de lui.
Le ciel est gris, les nuages semblent cacher le soleil, impossible de savoir l’heure qu’il est. Rentrer… oui c’est la seule chose à faire. Le jeune homme serre ses bras contre son corps pour tenter de se réchauffer, mais pourquoi fait-il si froid ? C’est encore l’été, le ciel devrait être bleu, et le vent chaud… Le shaman n’avait pourtant pas prévu de tempête…
Ashnor s’arrête et scrute à nouveau les lieux, il examine ses mains, elles sont propres, est ce normal ? Bien sûr, pourquoi ne le seraient-t-elles pas ? Un corbeau l’observe, immobile sur sa branche.
Chaque nouveau pas le rapproche du village, c’est là qu’il est né il y a plus de 25 ans, c’est là qu’il a grandi. Il connaît les lieux comme ça poche, pourtant il se sent comme étranger… Tout est à sa place et pourtant quelque chose est différent… Mais quoi ?
Là-bas, à proximité des portes du village, c’est la petite Myrna, enfin elle est grande maintenant, elle a 20 ans. Sa robe est grise et un châle gris couvre ses épaules. Myrna a toujours aimé les couleurs pourtant, ses jupes à volants rivalisant avec les fleurs et les papillons lorsqu’elle courre dans la prairie… Il l’a toujours aimé la petite Myrna, il pense depuis longtemps à la manière dont il va lui demander sa main… Les papillons ? Où sont les papillons ? pas un seul ne vole parmi les fleurs ternes…
Ashnor lève la main et crie le nom de celle qui a toujours fait battre son cœur, elle pourra sûrement lui dire quelle heure il est, elle a peut-être parlé au shaman…
La jeune fille tourne lentement la tête vers lui et pousse un hurlement de terreur qui vient mutiler le silence avant de s’enfuir à l’intérieur du village.
Qu’est ce qui lui prend ? Ashnor regarde machinalement ses mains, pourquoi sont-elles propres ? Est ce normal ? Bien sûr, pourquoi ne le seraient-t-elles pas ?
- Myrna revient, qu’est ce qui te prend ?
Elle est déjà loin…
Le jeune homme continue sa route et arrive enfin au village. Qu’est ce qui ne va pas ?
Le silence, ici plus encore que dans la prairie, le silence est anormal, étouffant… La campagne devrait être envahit pas le gazouillis des oiseaux, les rues pleines des conversations des habitants, des rires des enfants…
Le jeune hommes interpelle plusieurs villageois mais pas un seul ne daigne lui accorder un peu d’attention. Ils semblent tous concentrer sur leurs affaires, l’air maussade.
Ashnor continue son chemin jusqu’à la forge, Kodan a toujours été d’un naturel affable, lui au moins ne se fera pas prier pour parler un moment… Mais le colosse reste de marbre, sourd aux paroles qu’on lui destine, il reste muré dans un profond silence, il ne relève même pas la tête.
Cette fois s’en est trop, le jeune homme ne peut plus supporter d’être ainsi ignoré, il pose une main sur l’épaule du forgeron… et ne rencontre que fumée. Il pousse un cri avant de basculer en arrière et de s’effondrer sur les fourneaux… Mais rien, aucune douleur, aucune brûlure…
Complètement affolé Ashnor se précipite dans la rue interpellant tous les passants sans obtenir le moindre résultat. Il hurle, tente de saisir tous ceux qui sont à ça porté mais il ne rencontre que de l’air. Et ses mains sont si propres. Bien sûr, pourquoi ne le seraient-t-elles pas ? Un corbeau l’observe, immobile sur un toit.
Là-bas, au coin de la rue, c’est Myrna, elle semble regarder dans sa direction, elle peut le voir il le sait.
Il s’élance dans sa direction. Elle s’est rendu compte de sa présence et elle fuit à nouveau.
- Myrna, revient…
Il courre après elle, que faire d’autre, elle sait peut-être ce qui se passe, il doit lui parler. Elle est parti en direction de la rivière. Il sort du village, maintes fois il a parcouru ce chemin et pourtant ce n’est plus le même, il ne le reconnaît pas, il se retourne.. le village n’est plus là. D’autres personnes marchent dans la même direction, sans un mot, la tête baissée. Ashnor reprend sa course, les manifestations étranges se multiplient et Myrna est certainement la seule à pouvoir lui répondre. Peu à peu il gagne du terrain sur la jeune fille, cette fois ça y est, elle est acculée au bord d’un précipice, elle n’a plus nulle part ou aller.
- Myrna ! Que signifie ceci ? Où sommes nous ? qu’est-il arrivé aux habitants ? Pourquoi me fuis-tu comme ça ?
- Tu n’as pas encore compris ? Il y a quelque chose d’étrange dans la voix de la jeune fille, elle semble provenir du fond d’un puit.
- Compris quoi ?
- C’est de ta faute si nous sommes là, ta faute ! ta faute ! ta faute ! On perçoit une pointe de désespoir dans sa voix.
Les images se bouscules dans la tête d’Ashnor, il regarde ses mains, elles sont si propres, bien sûr, pourquoi ne le seraient-t-elles pas ? … Parce qu’elles devrait être couverte de sang, le sang de Myrna… Il avait enfin trouvé le courage de lui parler, de lui avouer ses sentiments et elle l’a éconduit…
Maintenant elle est à nouveau en face de lui, partagée entre défi et peur.
- Tu m’as tué ! Mais il n’a pas fallu longtemps pour que tu te retrouves ici à ton tour. Harral t’a vu, les habitants du village sont venus te chercher et ils t’ont pendus au grand chêne ! Je suis morte Ashnor, tu es mort !
- Vous êtes morts tous les deux, mais c’est là que vos chemins se séparent… D’où viennent ses mots, quelle est cette voix rocailleuse, inhumaine ? Le corbeau ! c’est le corbeau qui parle.
La panique s’est emparée du cœur d’Ashnor, il ne veut pas y croire, c’est impossible… Et pourtant la mémoire lui revient. Il se souvient du refus, du couteau sorti, du sang qui coule sur ses mains, les cris du petit Harral, ceux des habitants venus pour lui, ses propres mots "non je ne voulais pas, laissez moi…" la corde autour de son cou… Et puis plus rien.
Le corbeau vole autour de lui. Les ombres a figures humaines avancent vers le précipice où elles tombent une à une.
- Tu es dans la mer des âmes Ashnor de Kardask, c’est là qu’elles tombent lorsque comme toi l’on est damné !
Nayla
Spectateur et ukulélé
Décor campagnard, une prairie et une maisonnette. Une vache broute. Un air de musique surplombe la scène, c’est un air frais, doux, aigu et rieur, presque moqueur. Certains ont nommé cet instrument un ukulélé. A tord, puisque ce nom ridicule dénature la profonde noblesse de cet instrument.
L’air retombe. Un Balajahalah entre.
Ici nous ferons une petite pause, si vous voulez bien. En effet, je… oui, moi l’auteur, tiens à préciser à quoi ressemble cette créature, car je ne suis pas sûre que tous mes chers lecteurs se représentent tout à fait bien l’apparence que peut avoir un Balajahalah.
Un Balajahalah a, comme son nom l’indique, une apparence humanoïde. Il est cependant très petit, une vingtaine de centimètres environ. Ces créatures vivent en communauté, ils instruisent leurs jeunes à l’Art de l’Espiondage des Humains avec beaucoup d’attention, en effet l’éducation prend une part importante dans leurs valeurs culturelles. Ils ont des règles strictes en ce qui concerne leur métier-art, l’Espiondage. Ceci pour éviter tout débordement et toute atteinte au respect de l’Autre Race. Mais surtout pour éviter d’être découvert, vous l’aurez compris, du moins si vous êtes un peu sagaces (d’ailleurs vous n’êtes pas obligés de vous appeler Sam pour cela). Pour continuer ma description qui s’éternise : ils savourent l’humour dit spécial, respectent les traditions et ont des cheveux de couleurs invraisemblables, ce qui, je vous l’accorde, n’est pas facile à représenter sur scène. Allons bon, faites un effort d’imagination que diable ! Que dis-je, que diable, que Zeus ! Que moi.
Il entre donc, d’une démarche peu aisée.
Il s’avance vers le centre. Vétu sobrement, la masse capillaire en pagaille.
Firenze : - Je suis venu vous voir, avant de partir… En réalité j’aimerais vous dire… Non. Bon. Ca ne peut aller. Si je veux voir un peu leurs tronches se déconfire, ça n’ira pas. Soit. Réfléchis, Firenze, réfléchis !
Il se tape le front de sa main.
Firenze : - Et si je le mettais en scène… Oui peut être que …
Il commence à partir, soudain il se retourne vers le public jusqu’alors ignoré et lui dit d’un ton très sérieux.
Firenze : - Je ne suis pas fou ! Que ce soit tenu pour dit !
Silence
Firenze : - Bon. Ben… j’y vais.
Il sort .
Noir. Musique de ukulélé. Un autre, beaucoup plus vieux, entre par une autre porte.
Le Vieux : - Si je mets la main sur ce petit crépuscule de l’intelligence, je le verrouille à coups de clef à molette ! Tidiou !
Une Balajahalah entre, d’âge moyen, rondelette, l’air en forme et souriante. Elle regarde ailleurs.
Elle : - Allons, Vieux Ale, calmez vous, vous allez le retrouver ce parapluie. Tenez, vous n’avez qu’à venir chez moi !
Le Vieux : - Humblereuhgneuh.
La Femme : - Allons, allons.
Elle sort. Il se met à pleuvoir. Le Vieux est seul sur scène, sa mine se déconfit. Après un long silence, la pluie s’arrête, il regarde le public, il a des gouttes sur son visage.
Le Vieux : - Vous savez, il est dur de vieillir. Les nouvelles pousses vous dédaignent ou vous adulent. Les pires sont ceux qui ont pitié de vous. Ils vous regardent trébucher, chercher vainement un souvenir, tenter d’enfiler une chaussure, avec cette lueur de compassion qui me retourne l’estomac. Ca me rappelle à coup sûr mes longues années. Toutes ces années où j’ai vécu, en clapotant, en gueulant, en soupirant, en faisant l’amour, en donnant des leçons, en m’étonnant, en dormant. Qu’ai-je fait réellement ? Rien de beau, rien de grand. Après tout cela, qu’ai-je donné à ceux que j’aime, à ceux que j’ai aimés ? Je…
…
Qui êtes vous ? Pourquoi suis-je ici… Quelle est votre place ici ? Et la mienne ? En avons-nous simplement une ? Et si on échan…
Vynj : - Arrête le Vieux. Arrête, tu sais bien que ça sert à rien, qu’on a pas besoin d’entendre ça. Tiens, ton parapluie. J’en ai plus besoin, l’averse est passée. Tu devrais faire plus attention.
Vynj sort par là où il est rentré, le Vieux reste seul. Il regarde une dernière fois le public, comme une promesse, et sort de l’autre côté.
Une musique de Ukulélé. Noir.
La femme re-rentre. Elle s’adresse aussi au public
La femme : - Vous n’avez rien compris ? Ouvrez les yeux, votre rêve est fini. Repartez, mais ne soyez pas déçus, désopilés ou frustrés. Vous n’aurez plus cette chance.
Elle sort, noir. Firenze entre, il rit.
Firenze : - Je me demande ce qu’ils ont en tête. Cette pièce est… nulle. Ca ne touche pas le public. Aucune intrigue. Et puis le mot de la fin… Ah ! Ah j’en rigole tellement c’est… pathétique. Il frissonne.J’ai toujours dit que le théâtre Balajahalah ne valait rien ! Surtout en comparaison de celui des humains. Je ne vois pas l’intérêt, notre rôle, c’est d’espionner. Cela tient plus du spectateur que de l’acteur ! Alors à quoi bon… Ma foi, c’est peut être un truc d’intellectuel…
Vynj entre.
Vynj : - Qu’est-ce que tu dis ? Ca va pas ? C’est toi l’auteur ! Pourquoi dis-tu cela ?
Firenze : - Ah ? Oui c’est vrai. Bon, on va boire un verre, je t’invite. Comment l’as tu trouvée toi ?
Vynj se détend, Firenze lui lance un clin d’œil, ils sortent. Noir final.