Joute 30 : Nouveau printemps
Joute 30 Texte G : Réveil
Le 29/03/2012 par Demiandre non favori



De son balcon, Shelanna observait comme chaque jour la faible lueur de l’aube poindre derrière les montagnes à l’est du village, pensive. Encore plusieurs heures avant que le soleil ne dépasse le pic gigantesque qui masquait l’orient.
En contrebas, les habitants commençaient à s’activer. Le Palais trônait à l’ouest, des lumières s’allumaient dans les tours et les bâtiments. Des gens commençaient à sortir dans les rues. La vie reprenait lentement après la nuit. Un halo blanc nimbait maintenant la montagne, lumière familière qui apparaissait un peu avant le soleil.
Lorsque la luminosité fut satisfaisante, après avoir pris le temps de se préparer, Shelanna sortit de chez elle pour se rendre sur la grande place. Les larges rues de la cité, habillées d’arbres, laissaient passer la lumière jalousement gardée par la montagne, faisant rayonner les pavés de la ville. Et quand le soleil dépassait la cime, ses rayons baignaient la cité entière. Des gens souriants mais à l’air soucieux croisèrent son chemin, portants châles et étoles ou capes pour contrer le frisson de l’air encore frais. Elle croisa des Agents Municipaux, de noir vêtus, avec leurs longues capuches tombantes. Ils étaient très facilement reconnaissables, avec leurs mines inébranlables mais imprégnées de tristesse. Derrière eux était tractées des chariots fermés par des bœufs massifs. Une coutumière mélancolie la frappât en les regardant passer.
Ces Agents, assez étranges, étaient chargés de trouver et d’évacuer les dernières victimes de la nuit. C’étaient principalement des personnes âgées ou des jeunes enfants. Les fossoyeurs étaient - depuis quelque temps - de plus en plus présents en ville. De plus en plus tard…

Résignée, Shelanna repris le chemin de la grande place. Au fil des rues traversées, de plus en plus de monde peuplait les rues, grouillant maintenant de gens et de bruits en se rapprochant du point névralgique de la cité. Beaucoup se rendaient au Palais, écouter les derniers relevés des Grands Citoyens. Shelanna les avait écoutés au début, mais de longues années de désillusion l’avait amenée à chercher l’alternative. Tandis que le Palais palabrait sur l’arrivée prochaine du Réveil et le bon augure des relevés, l’Ante-palatium cherchait un moyen d’arrêter cette spirale infernale de mort et de peur. De plus en plus de monde s’interrogeait sur l’avenir, et ceux qui regardaient à long terme comprenaient le manque d’espoir que reflétait la politique du Palais.
La journée se déroula comme de nombreuses autres. Shelanna écoutait les principaux membres expliquer leurs solutions. De temps en temps, comme aujourd’hui, des groupes de réflexions étaient formées après les discussions sommaires pour débattre des idées, de façon à trouver la seule façon de résoudre tout ceci. Shelanna menait un de ces groupes. Elle participait à ces réunions secrètes depuis deux ans déjà, mais jamais un compromis n’avait été atteint. Trop de choses étaient en jeu pour se lancer éperdument vers l’échec. Ils étaient de plus en plus nombreux, mais leur nombre seul ne suffirait pas à sauver leur peuple.
A la fin de la journée, Shelanna rentra chez elle et, comme chaque soir, réfléchissait à la seule solution qu’elle avait trouvée. Un semblant de compromis avait été trouvé avec son groupe de réflexions. Bientôt, d’autres trouveront un compromis et un nouveau débat d’idée sera formé, pour promouvoir la meilleure option et la meilleure mise en application pour garantir la survie du plus grand nombre. Mais elle ne pouvait s’empêcher de songer à l’urgence. Les signes étaient là. Peu de temps restait avant qu’ils ne sombrent tous, emportés par la mort. Elle était tourmentée par ces pensées toute la nuit.
Le lendemain, en se levant, Shelanna fit comme chaque jour. Elle restait postée sur le balcon, observant la couleur du ciel changer au fur et à mesure que l’astre mouvait dans le ciel. Soudain, cependant, elle sentit une étrange sensation entre ses épaules. Une sensation… qu’elle n’avait pas ressentie depuis tellement de temps qu’elle n’était pas sûre que ce soit la même… Elle sentit la réalité trembler. Faner à ses yeux. Puis le noir total.

Son corps tremblait spasmodiquement, le cœur se remettant à battre plus violemment. Ses muscles courbaturés se remettaient en fonction. Ses yeux s’ouvrirent, mais ne virent rien. Les avoir gardés si longtemps fermé avait atrophié ses sens. Au bout de plusieurs heures, elle put enfin se redresser, chancelante. Tout lui revenait peu à peu. Les fonctions vitales, les sens, les muscles. Quand elle fut en état de bouger, elle se déplaça, dans une salle creusée à même la pierre, nimbée de la même couleur que la montagne au petit matin. La lumière venait d’un étrange piédestal qui ne devrait pas tenir en équilibre. Une boule bleutée flottant dans les airs supportait un cube rougeoyant, lui-même surmonté d’un tétraèdre parfait de couleur chamois. L’onde créée, blanche, illuminait des cristaux dans la roche telle une nuit étoilée.
Elle se dirigea vers la sortie. Elle connaissait le chemin. Ses vêtements ressemblaient à des chiffons après tant de temps passé ici. Sa tête tournait encore, et la vive lumière qui émanait de l’accès vers l’extérieur lui brulait la rétine. Elle avança nonobstant, un pas après l’autre. Lentement. En atteignant l’extrémité de la galerie, ses yeux s’étaient habitués à la lumière. Le bas de la montagne était parsemé de petites tâches vertes, là où les touffes d’herbes recommençaient à pousser. De-ci de-là, des buissons reprenaient des couleurs. Un peu plus loin, les rues de la cité semblaient luire de la même couleur que l’artefact de la grotte, dans un entrecroisement filé qui semblait se rejoindre au Palais, trônant plein Ouest.
Elle se reposait désormais au soleil, sur la verte prairie en contrebas de la montagne. Des racines et des rongeurs lui servirent de repas, redonnant à son estomac l’occasion de travailler. Elle regarda l’entrée de la grotte, et décida de retourner en ville. Elle avait pris sa décision. L’hibernation n’était plus une option. Chaque année, l’hiver devenait de plus en plus froid.

Sur le chemin, son corps subit le froid encore vif de ce début de printemps. Un léger vent soufflait sur la cité. Son corps fut parcouru de frisson tout le long du trajet jusqu’à chez elle. En entrant dans sa maison, elle retrouva celle-ci comme après chaque hiver. Poussiéreux, sale, endommagé à certains endroits, et surtout, vide. Comme dans toute la ville, très peu de nourriture pouvait être conservé pendant le grand froid. Même les impérissables n’étaient plus bon. Mais l’été dernier, elle et d’autres membres de l’Ante-palatium avaient eu une idée. Elle souleva le tapis du salon, et ouvrit une trappe qui donnait sur un trou dans le sol, et une échelle permettant de descendre. Elle récupéra en plusieurs fois tout le matériel et les provisions de la profonde cache. Quelques minutes après, deux hommes entrèrent chez elle. Des adeptes de l’Ante-palatium de son groupe de réflexion. Ces deux-là avaient toujours été de son avis. Fuir le plus loin possible au sud avant le prochain hiver. Eux non plus ne voulaient plus subir les tourments de l’artefact triptyque, et cette vie imaginaire créée de toute pièce. Comment, personne n’en savait rien, mais les résidents de la grotte étaient connectés entre eux dans une réplique parfaite de la ville, plongés dans un profond sommeil, le corps fonctionnant au ralenti. Ce renouveau était l’occasion pour eux d’échapper au calvaire de la solution du Palais. L’artefact ne faisait que retarder l’inéluctable. Ils se mirent donc en chemin, croisant des personnes encore hagardes des contrecoups du Réveil se rendant chez eux. Ses compères avaient amené une charrette tirée par des chevaux, pour transporter les nombreux sacs nécessaire à leur survie pendant les 9 mois à venir. Ils ne savaient pas s’ils parviendraient à un lieu sûr, où s’ils pourraient vivre pleinement. S’ils réussissaient, leur seul et unique vrai rêve s’en trouverait concrétisé. Vivre au rythme des saisons. Un nouveau printemps s’ouvrait à eux. Shelanna sourit pleinement et vraiment à cette perspective, se remettant en marche avec entrain.

Pin'shae à répondu l 12/04/2012 à 22:28
J'ai plutôt aimé le style d'écriture, mais le noeud de l'intrigue m'a trop fait penser au principe de "Matrix" mais transféré dans un monde fantasy plutôt que technologique, donc je n'ai pas été très surprise, c'est dommage.
Demiandre à répondu l 19/04/2012 à 04:05
Je me permet de repondre avant de penser rediger mes commentaires, vite fait avant de dormir

Je n'ai pas du tout pensé à Matrix en écrivant. Mais maintenant que tu le dis, c'est vrai que ça y ressemble. Mon idée de départ était des hommes qui hibernent. Et du coup, peut être par manque d'imagination, j'ai pirouetté avec un Deus ex Machina pour expliquer cela, et au final, la lutte contre le Palais prime sur l'hibernationisme humain. (j'ai une grosse tendance au neologisme tot le matin semblerait-il...)
En tout cas, merci pour ton commentaire