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Gilgamesh, roi d'Ourouk

Biographie de Robert Silverberg
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Ce nom nous est vaguement familier. Un nom qu'on attribue volontiers à Canaan ou à Sumer sans vraiment savoir qui se cache derrière, encore que l'image convienne mal à ce héros des temps anciens. Robert Silverberg a choisi d'écrire son roman à la première personne. En toute simplicité les chroniques autobiographiques d'un Dieu.

Le roman s'ouvre sur le premier souvenir de Gilgamesh, sans doute même son seul véritable souvenir d'enfance. La mort de son père, roi d'Ourouk, et la procession emmenant son cadavre et ses conseillers, ses soldats, sa femme, bien vivants ceux-là, au tombeau. Ce souvenir va marquer Gilgamesh et l'idée de sa plus grande quête prend naissance sous nos yeux à mesure qu'elle se forme dans son esprit. Surpasser sa mortalité. Le sang d'un dieu, son père, coule dans ses veines. Gilgamesh ne doute pas un seul instant de sa divinité mais craint la mort, la redoute pour ce qu'elle représente du néant. C'est au cours de cette cérémonie qu'il va rencontrer celle qui va devenir l'avatar de Innana, la Déesse de la Lune, dans la cité. Elle est l'autre face du pouvoir, réceptacle des forces de la nature, puissance mystique incontestée.


Gilgamesh, roi d'Ourouk (Gilgamesh the king, 1984),
éditions l'Atalante (sortit aussi en poche)
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Extrait

C'est au cours du rituel de la Nouvelle Année que le Dieu et la Déesse s'unissent pour amener la pluie sur les terres arides qui entourent la cité :

"Je ne rapporterai pas les mots que nous avons échangés par la suite, cette nuit-là. Vous connaissez le langage que la déesse tient au dieu, le dieu à la déesse, car c'est le même chaque année ; il est aisé de deviner ce que disait le roi à la prêtresse et la prêtresse au roi, et qui n'a guère d'intérêt. Mais un troisième couple s'unissait aussi dans cette chambre, c'étaient l'homme et la femme ; et les paroles que se sont dites l'homme et la femme, ma foi, j'estime qu'elles n'appartiennent qu'à cet homme, à cette femme, et je les garderai secrètes, bien que je garde ici peu de choses secrètes. Que ces mots demeurent notre mystère. Le mystère plus éminent que nous avons accompli cette nuit, il vous est facile de l'imaginer. Vous n'ignorez pas le rituel des amants divins, le jeu des lèvres et des mamelons, des fesses et des mains, des bouches et des sexes. Sa peau était brûlante comme la glace des montagnes du Nord, ses mamelons dans mes mains plus durs que l'albâtre. Nous avons fait les gestes qui devaient être faits avant l'acte décisif, et nous avons su le moment de l'acte venu sans qu'il fût besoin de le dire. M'enfoncer en elle, c'était glisser dans le miel. Elle a ri en s'unissant à moi et j'ai reconnu ce rire pour celui de la fille du corridor autant que celui de la déesse dans le ciel. J'ai ri à mon tour que s'assouvisse mon désir au bout d'une si longue attente. Ensuite nos rires se sont résorbés dans une intonation plus grave, plus profonde. Et pendant que nous nous mouvions ensemble, elle bredouillait des phrases que je ne comprenais pas ; c'était le langage de la femme, le langage de la déesse et des Rites Anciens. […] Nous avons bientôt recommencé le rite, et puis encore, et encore, et l'aube enfin nous a offert les grâces du nouvel an. Alors, sereinement, nous sommes sortis du temple pour nous tenir nus sous la pluie veloutée que nos amours avaient conviée sur la terre d'Ourouk"

Note

/10

Gilgamesh est un personnage hors-norme, puissant, bouillant, ses appétits insatiables de chair et de chère semblent à la mesure de sa valeur au combat. Nous n'avons pas pourtant un personnage rabelaisien ou sadien. Mais les aspirations d'un homme à l'échelle de ce dernier, colossales. Gilgamesh prend plusieurs concubines chaque nuit, engloutit les festins, terrasse ses ennemis sur le champ de bataille, participe aux travaux les plus pénibles qu'il initie pour son royaume.

Au fil du récit, Gilgamesh nous raconte son histoire, ses amours et sa seule et unique amitié. Loin de l'hagiographie, nous avons le témoignage d'un personnage qui ne doute jamais de sa supériorité évidente, ni de l'existence des multiples dieux et des myriades de démons qui habitent la vie de ces contemporains. Gilgamesh est une allégorie vivante de l'Homme avec ses désirs et ses besoins.

En conclusion, ce récit épique et autobiographique nous emmène au-delà des exploits héroïques de son personnage principal pour aller au cœur des aspirations humaines ou divines et de la peur de la mort. Qui a dit un tantinet philosophique ? Je n'irai peut-être pas si loin…mais un Gilgamesh épicurien qui se trouve ? Sûrement.

Fervalaka



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